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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 09:11
La Pierre Tournante…

Un courage et une douceur insoupçonnés

Le Pirotte, comme tout le monde l’appelait, était barricadé dans l’étable. Dans la cour de la ferme, sa sœur et ses parents pleuraient, effondrés sur un banc. La fille et le père étaient blessés. La mère tentait de les soigner. Hyppolite l’écarta et prit les choses en mains. Gaspard Rouillard parlementait près de la porte branlante de l’étable. On entendait des cris rauques qui glaçaient Simonin. Les fous lui avaient toujours fait très peur. Ce n’était pas le danger physique qui l’effrayait. Même s’il n’était guère courageux à ce niveau. Mais la perte de contrôle, l’incapacité d’utiliser le langage pour maîtriser la situation, pouvaient faire naître chez lui un vrai sentiment de panique.

La porte de la grange s’ouvrit brutalement. Le Pirotte sortit en hurlant, une hache brandie à deux mains. Il se dirigea vers le jeune gendarme, souffre-douleur de Gaspard. Simonin assista alors à une scène qu’il n’était pas près d’oublier. Le gros maréchal des logis se précipita, fit barrage au dément et saisit le manche de la hache. La force et la souplesse qu’il déploya à ce moment interloquèrent le maire. Sans compter le courage physique. Simonin aurait été bien incapable de prendre de tels risques pour sauver un collègue. Les autres gendarmes, un moment surpris, se précipitèrent alors et aidèrent leur chef à maîtriser le forcené.

Allongé par terre, celui-ci se débattait encore et crachait comme un gros chat. Hyppolite intervint alors, une seringue à la main. Et, cette fois encore, Simonin fut troublé par l’attitude du médecin à laquelle il ne s’attendait guère. Au lieu de planter brutalement l’aiguille dans le bras du Pirotte, il commença par lui parler doucement en lui caressant le bras. Le colosse avait bien encore quelques soubresauts mais il semblait lentement se calmer. Quand l’aiguille pénétra sous la peau, il regarda le médecin sans réagir. Et Hyppolite continua à lui parler. Des mots sans importance mais formulés d’une voix apaisante. On aurait dit une mère endormant son enfant.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 09:09
La Pierre Tournante…

Retour à la réalité…

Ce soupçon d’égoïsme et même de perversité, le gênait. Que faisait-il pourtant avec le médecin et le gendarme ? Fouiller dans leur vie intime. Les poursuivre de son regard avide de déceler quelque souffrance. Et perdre de vue la réalité de l’enquête en cours. Ne plus vraiment réfléchir aux faits pouvant prouver la culpabilité de ses deux souffre-douleurs. Il ne se reconnaissait plus. Il aurait voulu arrêter mais il continuait à tracer les lignes accusatrices et à les faire parvenir aux deux hommes.

Il en était là de ses réflexions au moment de cacheter les deux dernières lettres quand on sonna au portail. C’était le médecin. Il crut un moment qu’il touchait au but. Il en fut soulagé mais aussi un peu déçu. Il prit soin de brûler les deux lettres avant d’ouvrir. Il comprit tout de suite que la visite d’Hyppolite n’avait rien à voir avec une quelconque confession. C’est le maire qu’il venait voir. Le fils Pirotte, un demeuré jusqu’alors peu dangereux, était entré dans une crise de folie meurtrière. Les gendarmes étaient sur place. On avait besoin de lui pour signer la décision d’enfermement à l’asile départemental qui s’imposait.

Simonin profita de la calèche du médecin pour se rendre dans la ferme où s’était enfermé le dément. Ils parlèrent peu pendant le trajet. Mais, la conversation portant sur les circonstances de l’événement, les deux hommes semblèrent presque soulagés de retrouver une communication plutôt neutre. De celle qu’ils connaissaient avant le crime de la Pierre Tournante.

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 09:32
La Pierre Tournante…

Les plaisirs troubles de Simonin

Il envoya méthodiquement ses lettres, s’arrangeant pour demander des nouvelles de l’enquête qu’il avait bien fallu rouvrir compte-tenu du résultat du second examen. Il s’amusait à voir Gaspard grossir et se congestionner de plus en plus. Il prenait un plaisir moins noble à constater, à l’inverse, qu’Hyppolite maigrissait et devenait de plus en plus pâle.

Le petit manège dura quelque temps. Qu’espérait réellement Simonin ? Qu’atteint par la panique l’un des deux flanche et se dénonce ? Peu probable. Lui-même n’était pas persuadé que les deux hommes avaient un lien direct avec le crime de la Pierre. Quant à se dénoncer… Et pourtant il persistait. Que trouvait-il dans cet acharnement ? Une certaine vengeance contre le médecin que, dans sa rage, il allait même jusqu’à soupçonner d’avoir aussi tué sa propre femme et l’enfant ? Sans doute. Mais peut-être aussi la satisfaction d’une pulsion moins noble.

Il avait toujours aimé pénétrer l’intimité des gens. Sans effraction, toujours en douceur, pour les aider pensait-il. Il était attiré par les personnes complexes, souvent torturées par des forces intérieures et contradictoires qui les faisaient souffrir. Elles le séduisaient, le renvoyant sans doute à ses propres démons. Mais quand, en pleurs, elles se confiaient à lui, au-delà de la bienveillance, une excitation un peu trouble l’envahissait. Il était celui à qui on révélait des choses cachées à tous. Un lien très fort se créait. Il jouissait de ce lien unique dont il était l’acteur. Il avait alors le sentiment d’être reconnu et aimé. L’aide apportée à l’autre pouvait passer, alors, au second plan. Il lui arrivait même de se demander si la souffrance de l’autre ne lui était pas, elle aussi, source de plaisir.

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 08:55
La Pierre Tournante…

Les plaisirs du « corbeau »

Simonin n’était pas dans la quête de la bonne humeur. Il était entré dans la spirale redoutée. Une idée, une seule, qui tournait en boucle. Elle le réveillait, chaque nuit, vers quatre heures. Ensuite, inutile d’essayer de se rendormir. Il se répétait, sans cesse, les plans nés dans une excitation incontrôlée, après les résultats du second examen. Il les tenait. Il allait se venger. Un moment il envisageait de les réunir et de les confondre. Puis il pensa qu’il était plus judicieux de les prendre un par un. A moins de pouvoir les déstabiliser avant. C’est à ce moment qu’il pensa aux lettres anonymes. Il réunit alors les éléments concrets à sa disposition et l’imagination, nourrie par toutes les médisances villageoises, fit le reste.

« A Gaspard Rouillard. Tu ferais mieux de t’occuper de ta femme plutôt que de t’acharner contre les jeunes filles du village. Cette fois, tu es allé trop loin. Je sais que tu as tué la femme et son enfant près de la Pierre Tournante. La punition va bientôt arriver ! »

Simonin ne pensait pas vraiment que le maréchal des logis était coupable. Mais il voulait savoir pourquoi il était aussi soumis au médecin. Il aurait sans doute pu, dans un moment de colère, frapper la jeune femme qui se serait tuée en tombant. Mais le sang-froid nécessaire pour lier l’enfant et faire croire à un suicide paraissait au-delà des capacités du gendarme. L’imagination lui manquait. Et le contrôle aussi. Ces qualités étaient, par contre, bien présentes chez Hyppolite. A son tour maintenant.

La lettre fut identique à la précédente. Seule variante, il était question de séduire les patientes. Simonin fut surpris de l’émotion qui l’envahit au moment de l’écriture du texte volontairement pauvre et laconique. Cette fois, il voyait bien le médecin préparer son forfait. Et la rage montait, la haine aussi. Un Rouillard frappant une pauvre fille qui se refusait à lui le laissait plutôt indifférent. Mais cet homme froid et calculateur qui avait séduit sa propre femme lier une enfant vivant sur le ventre de sa mère morte… Insupportable !

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 08:53
La Pierre Tournante…

La meilleure défense…

Bizarrement, dès qu’il fut sorti de la maison, tout trouble, toute perte de contrôle avaient disparu. Il devait pourtant s’attendre à des suites désagréables. Mais, déjà, il projetait quelques défenses plutôt bien structurées. La mère alla porter plainte chez le maréchal des logis Rouillard. Prudent, celui-ci en référa au Maire, Auguste, père de l’offensée.

C’est ainsi qu’Hyppolite se trouva, à la gendarmerie, en présence des deux hommes. Et il put mettre à exécution un plan mûrement réfléchi. Il parla tout d’abord à Auguste de sa propre fille. Il lui brossa, en quelques mots, le portrait d’une névrosée à tendance nymphomane qui, malgré sa résistance, l’avait attiré chez elle pour lui faire des propositions qu’on pouvait considérer comme malhonnêtes. Vexée par sa résistance, elle avait alors monté un piège machiavélique dont sa pauvre fillette avait elle-même fait les frais. Jamais il n’avait pensé à mal en soignant cette enfant atteinte d’une irritation mal placée. Auguste ne croyait sans doute pas un mot de l’histoire pourtant développée d’un air particulièrement convaincant. Mais, en notable avisé, il comprit tout de suite les désastres qu’elle pouvait entraîner si elle circulait dans le village. Il accepta d’autant mieux la version du médecin qu’il n’était pas totalement ignorant des travers de sa fille.

Hyppolite sut qu’il n’avait plus grand chose à craindre de ce côté. Il se tourna alors vers le maréchal des logis. Il lui demanda, en toute candeur, ce qu’il pensait de l’affaire en soulignant les dégâts que pouvaient causer la calomnie. Il le prit à témoin en lui rappelant sa propre histoire avec la jeune ouvrière. Le gendarme s’empourpra, fit quelques moulinets, bomba le torse, puis capitula piteusement.

Hyppolite aimait ces moments - là. Personne n’était dupe mais tout le monde donnait le change, empêtré dans de sombres contradictions. Cette fois-ci, allait-il pouvoir encore s’en sortir et en éprouvant le même plaisir ? Il avait complètement oublié Gaspard qui continuait à s’agiter et à transpirer. Une seule chose lui occupait l’esprit désormais : le petit Guiochet. Comment allait-il pouvoir le manœuvrer celui-là ? La liaison qu’il avait eue avec sa femme – il sourit en pensant qu’il aimait décidément les filles Péan - lui avait appris pas mal de choses sur l’ancien instituteur. La partie pourrait être rude. Finalement, ça l’excitait.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 09:32
La Pierre Tournante…


Incorrigible Hyppolite

Quand ils atteignirent leur but, une période plutôt échevelée s’ouvrit. La fille aînée d’Auguste était vraiment une nature généreuse. Dans une recherche commune de plaisir, ils passèrent des mois qu’ils n’oublièrent jamais. Le plus cocasse était la cécité de leur entourage. Ce qui, sans doute augmentait leur plaisir.
Mais un jour, tout dérapa. Hyppolite fut appelé, non pour sa maîtresse, mais pour sa fille. Une adolescente un peu forte, à l’esprit plutôt lourd. La mère semblait gênée. Elle parlait d’une inflammation mal placée. Et Hyppolite retrouva les yeux baissés, la fausse pudeur, comme les prémices à leur sensuelle complicité. Il souleva et écarta les étoffes et constata l’irritation. Du bout des doigts, il préleva un onguent, qu’il appliqua doucement sur les grandes lèvres presque à vif. La grosse fillette réagit à peine. Les jambes écartées. Les yeux bovins dans un abandon insondable.
La mère quitta la pièce un moment. Hyppolite allait terminer les soins quand une main d’une étrange fermeté lui prit le poignet. Interloqué, il regarda la fille qui l’observait avec un regard étrange. Une chaleur désagréable lui prit les tempes. Son sang battait. Il haïssait ces moments où il pouvait perdre son contrôle. Mais il ne pouvait s’arracher à cette envie envahissante de transgression et de plaisir trouble. Il reprit son mouvement, l’arrondit et le déplaça légèrement vers le haut. Il ne savait plus s’il était avec la mère ou la fille.
Quand la porte s’ouvrit, il était déjà trop tard. Sa maîtresse comprit tout de suite. La blancheur, le nez pincé d’Hyppolite, les gémissements et le ventre arqué de sa fille ne laissait pas place au doute. Elle cria, prit le médecin par le bras et le jeta dehors en l’insultant. Décidément, cette femme avait bien des talents cachés. Après lui avoir montré une sensualité insoupçonnée, elle lui révélait maintenant l’étendue d’un vocabulaire plutôt ordurier.

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 09:47
La Pierre Tournante…

Les jeux interdits du médecin

Tout avait commencé avec cette liaison interdite. La fille aînée du maire d’alors, Auguste, le beau-père de Guiochet, était une femme épanouie, aux formes un peu lourdes et au tempérament généreux. Hyppolite n’aurait jamais enfreint l’interdit s’il avait exercé en ville. Les confidences de patientes aux confrères envieux rendaient les médecins particulièrement sages. Mais, ici, dans ce village loin de tout, les risques étaient moins importants. Dans le cabinet, il n’en était toujours pas question. Mais dans la chambre douillette de la malade…

La femme avait instauré un petit jeu pervers. Elle lui demandait toujours, les yeux baissés, ce qu’elle devait enlever de vêtements avant la consultation. Au début, Hyppolite était sur ses gardes. Il restait dans une stricte vraisemblance. Il remarqua, très vite, que la dame allait toujours un peu plus loin, enlevant un vêtement de plus que nécessaire. Et ceci, toujours les yeux baissés, comme si sa pudeur était malmenée.

Le médecin entra dans le jeu. Il demanda, lui aussi, toujours plus, sans aucune vraisemblance avec l’affection qui justifiait sa visite. Elle se retrouva ainsi rapidement presque entièrement dévêtue à chaque consultation. Hyppolite initia alors un autre jeu. Il demandait à sa patiente où elle avait mal. Et, cette fois, c’est lui qui déplaçait ses mains toujours un peu au-delà de l’endroit désigné. Il ne fut pas tout seul à jouer. La douleur signalée se rapprochait progressivement de ces zones qui devaient être ignorées par les honnêtes femmes.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 09:55
La Pierre Tournante…

Le challenge d’Hyppolite

Hyppolite supportait mal l’agitation du gros maréchal des logis. Une odeur rance commençait à imprégner le col de drap épais de l’uniforme. La sueur mouillait le cou congestionné. Et ces gestes désordonnés… Tout, dans Rouillard, lui était étranger et pénible à supporter. Il lui fallait pourtant le ménager.

La situation était en effet préoccupante. Le petit Guiochet était capable de tout, il le sentait. Il avait fini par admettre que le maire était dangereux. Insignifiant, peut-être, en société. Mais intelligent, sûrement. Et la haine était là. Hyppolite le savait maintenant. Il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire. Pendant longtemps, le médecin avait cru que le mari trompé était naïf et aveugle. Puis, il s’interrogea sur une complaisance possible pour garder et la femme et la fortune du père. Mais il savait, maintenant, que Simonin préparait sa vengeance, qu’il ne le lâcherait pas. Ce second examen était la première étape. Jusqu’où pourra-t-il aller, remonter ?

Contrairement à Rouillard, Hyppolite avait besoin de calme, de réflexion quand le danger approchait. Il prenait même quelque plaisir à affronter la difficulté. Il se souvenait de ce moment qui avait bien failli faire basculer sa vie de notable de province. Il y eut des moments d’angoisse très forts. Mais aussi d’excitation froide. Quand il devait manipuler les gens, calculer, les pousser à l’erreur.

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 09:41
La Pierre Tournante…

De l’humiliation à la violence

Il était inutile d’insister. Toute caresse lui devenait impossible. Alors il frappa. Violemment, méthodiquement. Les cris et les pleurs de la jeune femme ne ranimaient rien chez lui. Plus aucun désir, aucun plaisir. Frapper, frapper, la seule issue vers le soulagement. Il s’arrêta à temps. Non pas car il prenait conscience qu’il pouvait la tuer mais tout simplement parce qu’il se sentait mieux.

Il aida la fille à se rhabiller. Il n’avait pas frappé au visage. Une vielle habitude d’interrogatoires musclés. Sous la menace, il lui fit promettre de n’en parler à personne. Terrorisée, elle promit tout ce qu’il voulait.

Rentré à la gendarmerie, ce fut l’enfer pour ses subordonnés. Quand l’image de la fille malmenée surgissait il lui fallait crier, injurier. Il s’était débattu toute la fin d’après-midi. De la fatigue, certes, mais peu de soulagement. Une critique désordonnée du repas préparé par sa femme eut un semblant d’effet. Mais, au moment du coucher, il lui fallait encore agir. Il ne savait depuis combien de temps il n’avait touché sa femme. Elle le repoussa violemment. Et, à nouveau, les coups partirent. Curieusement, Mme Rouillard ne résista guère. Elle sembla même goûter la vigueur de son mari. Et quand il quémanda, la larme à l’œil, elle lui donna le sein.

Quelques jours plus tard, il reçut la visite de l’ancien Maire, Auguste Péan et du jeune médecin Hyppolite Delacourt. La fille avait parlé. Les nombreuses marques violacées avaient alerté le praticien. Les parents parlèrent de plaintes, de réparations. Auguste ne voulait pas de scandale dans sa commune. Le médecin acceptait de ne rien dire. Un piteux arrangement fut trouvé. On dédommagea la famille. Et Gaspard, déjà peu enclin à braver les notables, devint leur obligé.

Le maréchal des logis reprit le compte-rendu. Il se sentait mieux mais il lui fallait toujours agir. Aller chez Hyppolite lui annoncer la nouvelle lui parut judicieux. Plus rationnel, sinon plus efficace, pour réduire encore plus son malaise.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 12:32

L’humiliation de Gaspard

En mettant pied à terre, il jeta un coup d’œil par la fenêtre à demi arrachée. Il connaissait bien la bouffée de chaleur qui l’envahit. Les bras levés, la fille se frottait les cheveux. Les seins tendaient la blouse. Gaspard attendit un peu, ne sentant plus la pluie. Il put voir un mollet, et peut-être même un peu plus haut, quand les chaussures furent enlevées.

Il entra alors, la main sur le pommeau de l’épée. C’était bien elle, la petite, effrayée par le cheval, qui l’avait mis dans un état d’excitation qu’il connaissait à nouveau. Elle poussa un cri, reculant vers le fond de la grange. La chute sur le dos découvrit les jambes sans chaussures. Ensuite, il y eut des mots rassurants, des tentatives de caresses. Puis, devant les refus, et surtout l’affolement, Gaspard passa aux menaces et utilisa la force.

La fille était plus jeune qu’il ne l’avait cru. Il était fasciné par la poitrine si menue, si ferme. Et les effets du froid sur ces pointes dressées le bouleversaient. Il ne connaissait, depuis bien longtemps, que la pesanteur et l’affaissement. Et lui qui quémandait piteusement les gros seins de nourrice que sa femme souvent lui refusait, il sentit au spectacle nouveau une puissance et une envie presque douloureuse.

Ils bataillèrent un temps. Puis la jeune fille céda. Elle enleva elle-même ce qui lui restait de vêtements. C’était bien une vraie femme. Et Gaspard sentit comme un reflux puissant. Il fixait la toison abondante. Et malgré les cuisses émouvantes, quelque chose s’interposait. L’image d’une femme mûre, aux formes molles, à la chair enveloppante.

Il fallait conclure rapidement, quelque chose s’échappait. Il enleva fébrilement ses vêtements. Dans les yeux de la fille, il ne vit plus la frayeur. Il eut même l’impression d’un fou-rire difficilement réprimé. Le regard juvénile l’explorait. Il vit ses jambes grêles, son énorme ventre poilu. Et son visage congestionné. Et, sous le ventre, il ne sentait plus rien. Il supportait mal son image. Tout était flasque, fuyant. Seules la contrainte et la peur de l’autre lui donnaient un peu de tenue. Et là, cette gamine, avec son étonnement amusé, le renvoyait brutalement à son envahissante médiocrité.

La Pierre Tournante…
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