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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 09:29
Le Taillis de la Mort…

Chapitre 5

Il faisait très chaud en ce début d’après-midi. Il décida de quitter les chemins traditionnels. Il souriait lui-même de son esprit d’aventure, vue la taille du Taillis. Il n’empêche que les feuilles et les brindilles écrasées pouvaient, à tout moment, laisser jaillir un serpent dérangé. Les risques n’étaient pas très grands de tomber sur une vipère, mais ils n’étaient pas nuls. Et même le plus petit orvet ou la lente couleuvre sauraient l’effrayer, il le savait. Il se souvenait de l’ombre ondulante et du bruit froissé, là, tout près de sa sandale. Sa peau qui s’était brutalement hérissée et la sidération paralysante qui l’avait saisi, ce jour de patronage.

Le jeudi après-midi, quand le temps le permettait, ils jouaient à « La Vie », dans le Taillis. Il sourit en pensant aux précautions de langage des abbés. La « Vie » était une étroite bande de tissu passée, dans le dos, autour de la ceinture. Il s’agissait d’attraper cette « Vie » afin que l’adversaire soit exclu du jeu, en évitant de se faire prendre la sienne. Excepté le fait que ces « Vies » pouvaient être échangées, symboliquement, ce jeu aurait pu s’appeler le jeu de la « Mort ». Mais cela aurait fait mauvais effet.

Il se souvenait alors des approches, rampant dans les fougères sèches, du camp adverse. L’odeur, avivée par le soleil, la crainte délicieuse qui lui dérangeait un peu les intestins, il les vivait là, maintenant qu’il piétinait les broussailles sur la pente du Taillis. Il s’arrêta un moment devant l’arbre creux. Tous les enfants connaissaient cette cachette. Elle ne servait plus à rien depuis bien longtemps et les débris s’étaient accumulés dans le tronc évidé, n’offrant plus guère de place pour se dissimuler. La cache, dans le sol, était, elle-même, pratiquement comblée. Il s’y arrêta tout de même.

Tout cela semblait bien rappeler les « Brigands » pourchassés par les soldats de la République. Mais il lui en fallait plus pour sentir l’envie d’écrire l’entraîner vers la maison, le papier bleu et la lampe verte. Il se dirigea alors vers le haut du Taillis. Combien de fois les enfants du patronage avaient-ils eu le projet d’établir leur camp au milieu des ronces, des broussailles, des arbustes emmêlés qui couvraient la partie touchant à la limite nord du bois ? Ils y avaient tous renoncé. De génération en génération.

Il tenta de pénétrer dans l’enchevêtrement végétal. Il fut très vite empêché. Il avait entendu dire que les « Chouans » vivaient souvent sous terre pour échapper aux « Bleus ». Il voyait un réseau sous-terrain communiquant entre l’arbre mort, la cache et le camp au milieu de la broussaille et des ronciers. Il sut alors que c’était le moment de rentrer et que la journée et une partie de la nuit seraient une nouvelle fois tournées vers l’écriture.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 09:59
Le Taillis de la Mort…

Elle

« Malheureusement tu ne pourras pas lire cette dernière lettre. Après ton enterrement, le mois dernier, j’ai failli déchirer tes lettres et le double de celles que je t’avais écrites. Je n’arrivais même pas à repenser à ce tu avais envisagé : les réunir et les enterrer au Taillis de la Mort. Ce projet, quand tu étais encore vivant m’enthousiasmait. Je ne sais si j’aurais su trouver les mots pour parler de ce que nous avons vécu lors de notre seconde rencontre. C’est sans doute encore trop fort, trop vivant.

Je ne suis plus que douleur, sentiment d’injustice et de rage mêlées. Je vais tout de même, cet après-midi, aller m’asseoir sur le banc entre les deux grands hêtres que tu semblais tant aimer. Je pleurerai sans doute. Mais j’irai jusqu’au bout. Les initiales, les flèches dans l’écorce. Et la boîte scellée que je déposerai dans la terre. Je ne sais si quelqu’un, un jour, retrouvera cette boîte.

Je dis à ce visiteur hypothétique que s’il n’est pas convaincu que les mots sont plus forts que le réel, qu’ils permettent de prolonger la vie des misérables qui les ont écrits, alors qu’il détruise cette boîte. Dans le cas contraire, qu’il prenne le temps de retrouver les tombes des deux personnes qui ont écrit ces lettres, qu’il médite un temps et se réjouisse avec eux des moments singuliers qu’ils ont su se donner. »

Etrange impression de soulagement et de regret. La rédaction était par moments éprouvante. Trop d’impatience, trop d’envie de tout dire. Et cette impuissance à traduire en mots toujours trop faibles les sentiments, les émotions. Il avait beau tourner autour, croire les avoir enfin captés et être en mesure de les transmettre, une petite musique était là qui rompait le charme.

La nuit était noire. Il resta un moment à observer la lampe verte, le stylo et le papier bleu. Il crut ressentir cette joie profonde et triste que le personnage masculin avait pu vivre dans la ruelle derrière le bal. A cet instant, son esprit se mit à flotter, bercé par un mouvement ample et lent d’étoffes bleues. Des silhouettes doucement émergeaient. Il reconnut l’artiste, l’enfant, le vieil homme. Puis une femme apparut, hésitant sur la main à saisir.

Quand il se demanda s’il retournerait le lendemain creuser entre les deux hêtres épais et noueux, les silhouettes s’effacèrent.

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 15:56
Le Taillis de la Mort…

Lui

« Ce que j’ai vécu cet après-midi, au bal, m’a effectivement beaucoup marqué. J’étais très fier de montrer à tous que nous sortions ensemble. Mais je sentais le décalage qui s’était installé entre nous. Tu étais trop belle, trop femme. Et ton corps contre le mien au cours des slows ne répondait plus. J’avais toujours aimé ces pressions imperceptibles et leurs réponses complices qui mieux que certains baisers me rassuraient. Elles n’étaient plus là. A leur place, une réelle angoisse. Je ne te lâchais plus et cette façon de te tenir les mains avait sans doute un côté un peu ridicule.

Quand on est venu te chercher, t’informant que quelqu’un te demandait à l’entrée du bal, l’angoisse a fait place à la peur. Tu as tenté de me rassurer. Il n’y en aurait que pour quelques minutes. Tu m’as même laissé ton sac à main. Plus le temps passait, plus je le regardais, là, sur le banc, moins je contrôlais ce qui m’envahissait. On peut résumer facilement les sentiments qui se succédèrent alors, avec des retours en arrière, des accélérations qui me fragilisaient. Peur, incrédulité, espoir, jalousie, colère. Tout cela d’une force totalement inconnue pour moi.

Je crois que j’aurais pu vomir. Je ne parlais plus. J’avais la tête vide et lourde. J’aurais voulu dormir pour connaître ce moment particulier qui nous fait émerger d’un cauchemar. Mais cet énorme soulagement n’arriva pas. Et je crois que ce jour-là, tout était en place pour compliquer mes relations aux femmes pour le reste de ma vie. Angoisse de décevoir, d’être abandonné. Incompréhension, manque de repères, de signes, permettant d’ajuster les conduites. Présence d’un doute impossible à lever. Et, en même temps, quête incessante. Toujours plus, toujours plus loin. Une quête compulsive pour une réponse impossible.

Et puis nous nous sommes revus. Trente ans plus tard. Il n’était pas possible de tout reprendre à zéro. Chacun de son côté avait construit. J’ai bien cru, cependant, revivre le baiser dans la ruelle, derrière le bal, quand tu m’as pris dans ta bouche, quand, pour la première fois, j’ai remis ma main, là, sous la jupe et ai été surpris par la douceur chaude et humide. Et même lors de ma première défaillance je n’étais pas très loin de la joie profonde et la tristesse étrange, ce sentiment de déjà vécu. Bien des fois, par la suite, j’ai cru le reconnaître avec toi. Il m’est même arrivé de ne plus chercher à le reconnaître mais tenter de le vivre, simplement. On aurait pu en rester là. On aurait peut être dû.

Mais j’ai eu cette idée un peu étrange, de cet échange de lettres qui a pu faire revivre, sous notre regard croisé, cette histoire de jeunesse qui a sans doute permis de connaître ce que nous avons vécu trente ans plus tard. Si tu en es d’accord, maintenant que nous nous installons doucement dans la vieillesse, chacun de notre côté, peut-être pourrions-nous reprendre nos échanges pour évoquer ce passage intense qui, lui, s’est achevé sereinement. »

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 10:57
Le Taillis de la mort…

Elle

« Il est vrai que la deuxième grande séparation a changé quelque chose. Bien sûr tu me manquais. Mais il n’y eut plus ces moments dépressifs pendant lesquels j’étais pleine de toi et uniquement de toi. Ça allait mieux avec ma mère. J’étais devenue une vraie jeune fille. Nous avons pu parler de notre relation. Elle a évoqué sa grande erreur de jeunesse et m’a à nouveau fait promettre d’être prudente.

C’est peut-être là que le doute a émergé. Il y avait un tel décalage entre ce qu’elle avait vécu avec mon père (dont elle ne pouvait toujours pas me parler) que je me suis demandé si c’était un amour du même type que je vivais avec toi. Au début je m’en défendais. Je voulais que tu sois le seul. Je m’accrochais à ce premier baiser dans la ruelle derrière le bal. Quand je me suis aperçue que je t’étais reconnaissante pour cette première grande émotion, que je me surpris à analyser ce plaisir avec celui que tu me procuras par la suite, le mal était fait.

Je ne suis pas comme toi. Non seulement je ne peux me regarder, encore moins nous regarder, quand tu me caresses, mais je dois être prise entière par ce plaisir. Et le fait même, a posteriori, de prendre du recul par rapport à cette totalité m’était alors insupportable.

Pourquoi ne t’avais-je pas moi-même caressé ? Pourquoi n’avais-je même plus pensé à faire l’amour avec toi ? Ces interrogations ne me quittèrent pas. Je dois te dire aussi, qu’à cette époque, des hommes mûrs, qui autrefois m’effrayaient, ont commencé à me regarder d’une façon particulière. Je sentais leur regard sur mes seins, mes fesses, mes hanches… Dans la rue, au lycée, chez moi, même. Au début cela m’irritait. Et puis, lentement, j’y pris quelque plaisir.

Bien qu’il ne se soit rien passé de concret pendant cette période, ton image s’effaçait un peu quand je pensais à ce que je pourrais vivre toute ma vie avec un autre. Je dois même dire que lorsque je recherchais, seule, le plaisir physique, ma main n’était plus la tienne mais celle d’un de ces hommes. Et il est vrai que lorsque je t’ai revu, à mon retour, j’ai été surprise par ta jeunesse, ta fragilité, que je n’avais jamais remarquées auparavant.

J’ai lutté un moment contre ces pensées qui me distrayaient de toi. J’ai cru un temps y arriver. Ta maladresse m’émouvait. Même si, parfois, je t’en voulais d’être aussi inquiet, si pressé et finalement si frustrant. Et puis je ne supportais plus les brusques interruptions de la montée du plaisir physique dont je te rendais systématiquement responsable.

Le jour du bal dont tu parles, tu as, en plus, à mes yeux été capricieux. Et ton immaturité m’a littéralement explosé au visage. Quand tu as quitté la salle, j’ai su que le retour en arrière serait difficile. Un garçon, plus âgé que nous, m’avait déjà invitée plusieurs fois à danser. Il était grand. Je le trouvais beau. Je me sentais en sécurité avec lui. Sa façon de me tenir, son souffle dans mon cou, les pressions qu’il exerçait imperceptiblement en différents points de mon corps me renvoyèrent brutalement à tes maladresses, tes caprices qui finissaient par me fragiliser.

J’ai flirté avec lui, seulement flirté. Mais, au retour des vacances c’est lui qui était avec moi, qui occupait mes moments de tristesse et de manque. Pendant cette nouvelle période de séparation, je n’ai pas été très honnête avec toi. J’aurais dû tout te dire. J’ai essayé dans une de mes lettres en précisant que je « croyais t’aimer » espérant que tu comprendrais. Mais il n’en a rien été.

Je me demande maintenant si je n’aimais pas un peu cette situation. Je n’avais plus aucun doute sur ton amour pour moi. Tu semblais réellement souffrir de ma froideur. Ça me rassurait. Il me paraît aujourd’hui odieux d’avoir pu penser que je pouvais jouer avec un nouvel homme en sachant que, de toute façon, j’avais un consolateur en réserve vers qui me retourner si l’homme m’utilisait ou me décevait.

Et puis il y eut à nouveau un bal, à mon retour. Décidément, notre histoire est marquée par ce genre de manifestation. Jamais je n’aurais cru pouvoir me conduire comme cela. Tu avais dû sentir quelque chose quand tu m’as demandé de laisser mon sac dans la salle. Un gage, en quelque sorte. Quand je suis sortie retrouver cet homme, je n’étais pas tout à fait consciente de ce qui allait se passer. Mais, quand je suis montée dans sa voiture, je ne pensais plus au sac, ni même à toi.

Nous avons fait l’amour, ce jour-là. Ce fut loin d’être ce que j’avais pu imaginer. J’ai même pensé à ta main pendant un temps plutôt court et désagréable. Mais je savais aussi que tout était fini entre nous et je commençais déjà à regretter ce que j’avais pu te faire vivre. »

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 12:28
Le Taillis de la Mort…

Lui

« Quand tu évoques ta faiblesse qui aurait pu nous amener à faire l’amour, quand tu fais allusion à l’interrogation du dernier soir, j’ai le sentiment, après coup, que là résident les racines de toute ma vie amoureuse.

Après mes deux flirts peu satisfaisants, l’émotion presque douloureuse que j’ai pu ressentir en te retrouvant, j’étais persuadé que je ferais ma vie avec toi. J’avais moins d’impatience, bien que recherchant constamment la dimension physique. Pourquoi n’ai-je pas tenté d’aller plus loin ? Sans doute parce qu’il ne faisait aucun doute que nous avions le temps et qu’il était inutile de te forcer. Mais aussi parce que j’avais peur. Peur de mon inexpérience. Peur de gâcher quelque chose.

J’en ai été particulièrement convaincu quand je me suis aperçu, plus tard, que je ne connaissais rien du plaisir féminin. Mes caresses intimes avaient deux objectifs. Te donner une jouissance analogue à la mienne qui se maintenait tout au long de nos contacts physiques.

Vérifier ainsi la réciprocité de notre amour. Quand tu résistais et repoussais ma main, je croyais à un jeu un peu pervers destiné à renforcer le désir. Il ne m’était même pas venu à l’idée que le plaisir pouvait, chez toi aussi, atteindre ce moment magique mais aussi redouté qui ensuite l’éteignait. Quand je l’ai compris, tu étais déjà repartie. J’ai dû, à ce moment te paraître bien ridicule…

Lors de notre brève rencontre dans la ville où tu habitais alors, en présence de ma famille, j’ai senti que quelque chose avait changé. Je n’avais alors qu’une seule préoccupation : officialiser notre amour. La dimension physique était alors mise entre parenthèse. Tout du moins dans son versant purement sexuel. Je me contentais de tes mains. Ce qui était tout de même très fort pour moi. La longueur et la finesse de tes doigts. Cette peau lisse, un peu élastique me suffisait amplement. A moins qu’inconsciemment elles me paraissaient pleines de promesses.

Quand tu es revenue pour les vacances, j’ai ressenti le même choc. Essayer de traduire cette impression me fait tomber dans les clichés. Le cœur qui s’accélère, la chaleur, la tension… Et pourtant ils expriment bien ce que je pouvais vivre à ce moment-là.

J’ai compris que quelque chose avait vraiment changé chez toi. Aux vacances précédentes, tu ne m’avais même pas fait la bise, tu ne m’avais pas parlé d’emblée, mais ta façon de me regarder me faisais presque frissonner. Cette fois, tu étais trop à l’aise, trop aimable. J’ai eu droit à la bise, peut-être un peu plus appuyée que les autres. Mais ton regard était neutre.

Quand nous nous retrouvâmes seuls, il y eut trop d’application. Je te caressais avec la crainte de ne pas réussir à voir quand il me fallait arrêter. Dans un premier temps, j’ai cru qu’il suffisait que tu repousses ma main. Mais il me semblait bien que parfois tu la repoussais plus par frustration que par satisfaction. J’en oubliais tes lèvres, ton corps. Je n’osais plus adorer tes mains.

Et puis il y eut ce bal. Je n’aimais guère ce genre d’exercice. Mais toi tu y tenais. De te voir danser avec d’autres garçons me rendait triste. Fier aussi de montrer que nous étions ensemble. Je te trouvais si belle, si femme, à ce moment-là. Puis la jalousie émergea. Tu ne voulus pas me suivre. Tu es restée seule. Et, bêtement, j’ai choisi l’épreuve de force, persuadé que j’allais gagner, que tu reviendrais en larmes et en me réaffirmant ton amour.

A partir de ce moment, j’étais durablement fragilisé. »

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 12:24
Le Taillis de la Mort…

Elle

« Quand je t’ai vu, moi-même sur la place, ce que j’ai pu ressentir est à l’opposé de ce que tu viens de décrire. Douceur, calme, abandon, avec une pointe de chaleur un peu moite. J’ai été obligée de faire un gros effort pour ne pas me jeter contre toi à la recherche de tes lèvres qui ne m’avaient pas quittée un instant pendant ces trois mois. J’étais devenue silencieuse, peu sociable. Ma mère avait attribué ce comportement à l’adolescence. Il faut te dire qu’il m’est arrivé, pendant cette absence, un phénomène physiologique incontournable qui marque fortement le développement de toute jeune fille.

Quand nous nous sommes retrouvés seuls, ce premier après-midi, que tu as passé en partie sur moi, dans l’herbe, j’ai connu un bouleversement que j’étais loin de m’imaginer. Il y eut, tout d’abord, l’annonce de tes deux flirts. Je connaissais déjà des moments de tristesse, des sentiments d’abandon sans raison apparente. Je me retrouvais alors, allongée sur mon lit, la chambre fermée à clé, refusant de répondre aux sollicitations de ma mère. Ce que j’ai ressenti après tes aveux était du même ordre mais d’une puissance insoupçonnée. Je n’étais même pas en colère contre toi. Je pleurais, sans pouvoir m’arrêter, et j’aurais voulu que tout s’arrête là, dans tes bras.

Tes baisers, tes caresses, tes explications embarrassées me faisaient du bien. Et puis, il fallait bien y croire pour rester encore en vie. Quand tu t’es allongé sur moi, j’étais épuisée. Je crois que si tu l’avais voulu je me serais donnée à toi. Malgré mon âge. Malgré les dangers, cette fois plus explicites, décrits par ma mère. Mais tu continuais à parler, à bouger doucement. Je sentais ton sexe dur contre le mien. Je crois que je découvrais clairement ce qu’était le désir sexuel.

C’est pourquoi, les jours suivants, j’ai laissé ta main glisser sous ma jupe. Et le soir où tes doigts sont allés plus loin, sous l’étoffe, j’ai connu un plaisir qui dépassait tout ce que j’avais pu moi-même, seule, me donner. Car il y avait tes lèvres, ton corps contre le mien. J’ai passé le reste des vacances à goûter pleinement notre nouvelle relation. Chaque jour j’étais impatiente tout en craignant un peu ce qui allait se passer.

Quand je suis repartie, j’étais heureuse de t’avoir retrouvé, un peu frustrée mais aussi soulagée que tu n’aies pas essayé de faire l’amour comme les grands. Je m’interrogeais tout de même un peu. Pourquoi insistais-tu pour inlassablement me toucher après même le plaisir que je venais de prendre ? Tu as eu l’air inquiet quand j’ai évoqué cette interrogation le dernier soir. J’aurais voulu passer nos dernières heures dans tes bras, calme, détendue. »

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 16:14
Le Taillis de la Mort…

Lui

« Je sais que j’étais parfois exigeant. J’en demandais toujours un peu plus. Je n’aurais sans doute pas dû mettre ma main sous ta jupe. Mais, comme tu semblais aimer mes caresses sur ta poitrine, j’ai cru que, peut-être, tu attendais d’autres plaisirs. On m’avait dit que les filles, elles aussi, pouvaient éprouver quelque chose de semblable aux garçons quand ils se touchaient.

J’avais toujours autant de plaisir à t’embrasser. La chaleur, la douceur étaient toujours là. Mais je voulais aussi retrouver cet abandon, cette joie profonde teintée d’un peu de tristesse, dont je t’ai déjà parlé, cette sensation du premier soir. J’ai bien cru que c’était arrivé quand tu m’as permis de toucher tes seins. La tension, le plaisir étaient là. Mais le temps ne s’était pas arrêté comme ce soir-là, dans la petite rue près du bal.

C’est sans doute pour cela que je crois être alors entré dans une quête fatigante qui ne m’a jamais quitté depuis : retrouver ce moment magique. J’imaginais ce que pourrait en être le terme. Je n’osais même pas l’évoquer devant toi. Ce n’était pas mon objectif, je peux te l’affirmer. Une seule chose comptait alors, c’est cet amour qui, pour moi aussi, devait être éternel.

Pendant notre séparation, j’ai eu le sentiment que les filles me regardaient autrement. Dans notre petit groupe, on connaissait notre liaison. Et j’avoue que ces nouveaux regards ne me déplaisaient pas. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est venu me chercher, que je n’ai aucune responsabilité dans ce qui s’est passé. Mais, tout de même ... Les baisers sont venus très vite. L’une était un peu plus expérimentée que l’autre. Curieusement, celle qui semblait déjà un peu connaître les garçons était comme toi. Je pouvais lui caresser la poitrine mais la ceinture était une limite infranchissable. Alors que l’autre, plutôt réticente au niveau des seins acceptait que ma main lui touche le sexe. Endroit bien protégé au demeurant par une espèce de gaine-culotte qui limitait sérieusement mes explorations.

Que recherchais-je dans ces nouvelles expériences ? Certainement pas d’y retrouver ce que nous avions connu ensemble le premier soir. Un plaisir physique, sans doute. Un prestige social, c’est indéniable. Une expérience aussi, peut-être, qui me permettrait d’être plus à l’aise et plus entreprenant avec toi.

Quand je t’ai revue, le soir de ton arrivée, j’ai tout de suite mesuré l’insignifiance de ces petites aventures. Presque un malaise. Le cœur battant très fort. Une espèce d’essoufflement et les tempes bourdonnantes. Il ne faisait aucun doute que tu étais mon amour et que toi seule comptait. »

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 11:30
Le Taillis de la Mort…

Elle

« C’est étrange comme tu peux décortiquer, analyser ces moments merveilleux. Moi, je ne pensais à rien quand tu étais là, tout contre moi. Que tu aies pu imaginer me fatiguer par tes baisers me déconcerte un peu. Quand j’étais seule, j’y pensais tout le temps. Quand j’étais avec toi, j’aurais voulu que ce ne soit qu’un seul et long baiser.

Quand je rentrais à la maison, souvent je pleurais. Je ne savais pas pourquoi. J’étais tellement heureuse que je m’abandonnais. J’étais sûre d’avoir trouvé ce que je cherchais plus ou moins consciemment depuis ma plus tendre enfance. Ma mère ne comptait plus. J’aurais pu l’abandonner là, sur-le-champ. J’étais sûre que notre histoire n’allait jamais finir.

Je ne voyais plus que toi. J’étais profondément heureuse. Quand tu m’as caressé les seins j’ai eu un mouvement de recul. Je savais que ça se faisait entre garçon et fille. Je n’étais pas effrayée. Je m’y attendais un peu. Mais, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu l’impression que tu t’éloignais un peu de moi. Puis j’en ai éprouvé du plaisir. Pas le même. Il n’y avait plus cet abandon que j’aimais tant avec tes lèvres et ton corps plaqué contre moi. Plus concentré, plus localisé, ce plaisir était parfois dérangeant.

Après, il a pris toute sa place. Et je t’aimais d’autant plus. Cette main, à ce moment, participait au sentiment de plénitude, de douceur protectrice, qui étaient toute ma vie d’alors. Mais, quand elle se glissa sous ma jupe, quelque chose s’est rompu. Comme l’irruption d’un réel que j’avais pour un temps oublié et qui résistait. Ma mère m’avait fait promettre de ne jamais accepter une caresse au-dessous de la ceinture. Je n’avais pas très bien compris alors. Mais elle avait réussi à faire passer dans son interdiction une pression dramatique qui ne m’a jamais vraiment quittée.

Ce refus et ton air malheureux ont gâché les derniers jours de vacances. Je voulais me persuader que rien n’était changé. Que je pouvais partir en t’emmenant avec moi. Tu as tout fait pour me rassurer. Et je te remerciai de ne pas avoir insisté. Mais cette main et la promesse à ma mère étaient venues s’immiscer dans cet amour immense qui devait être éternel. »

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 11:38
Le Taillis de la Mort…

Lui

« Depuis que je te connaissais, j’avais toujours eu envie de t’embrasser comme ça. Quand on jouait, plus jeunes, et que tu étais ma prisonnière indienne, je n’ai jamais pu te toucher sans sentir une étrange chaleur m’envahir. Et, à ces moments-là, j’aurais voulu, dans le jeu, pouvoir te maintenir tout le temps contre moi. Mais, en même temps, j’avais le sentiment de voler quelque chose. Et je te lâchais, frustré et un peu honteux.

Quant à ce soir de bal, il m’était impossible de t’inviter. Tout du moins dans mon état normal. Un refus et tout s’effondrait. Je buvais pour trouver un peu de courage. Et comme il n’arrivait jamais je faisais le pitre en espérant t’intéresser.

Quand je suis sorti, malade, je me haïssais. Je crois même avoir pleuré, le bras contre le mur. Et quand je t’ai aperçue et que, surtout, j’ai senti ta main, je me suis jeté. C’était le geste ultime. Le futur immédiat n’avait plus aucun sens. Je me demande si le suicide n’a pas quelque chose à voir avec ce sentiment de temps arrêté.

J’avais déjà embrassé des filles. Je m’étais renseigné sur la technique appropriée. Mais c’est tout autre chose qui, cette fois, est arrivé. Au-delà du plaisir de ta langue contre la mienne, de tes lèvres humides, de ton corps serré, c’est l’abandon, la joie profonde, au bord des larmes, dont je me souviens le plus aujourd’hui.

Cette émotion, cette sensation, j’avais l’impression de les avoir connues. Avant, quelque part. Mais il m’était impossible de les mettre en mots. Le lendemain, je n’avais qu’une hâte, c’était de les retrouver. C’est pourquoi je t’embrassais tout le temps les jours qui ont suivi. Avec la crainte de te fatiguer mais, en même temps, l’angoisse d’avoir déjà perdu quelque chose de précieux.

La chaleur était là. La tension aussi. Mais je sentais m’échapper l’abandon, la joie profonde et un peu triste qui avait inauguré notre premier contact. Et, quand je te tenais dans mes bras, je regardais ta bouche écrasée contre la mienne, tes yeux fermés, ton visage apaisé. Je tentais même de nous regarder. Comme pour être sûr que le moment était là. Et cet effort, finalement, m’en éloignait un peu. »

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 16:09
Le taillis de la mort…

Elle…

« Quand je t’ai vu, ce soir-là, boire plus que de raison et danser avec ton copain, je suis devenue triste. Pourquoi faire le pitre, au risque du ridicule, au lieu de venir m’inviter ? Il semblait bien, pourtant, que tu me regardais souvent. Et j’attendais. J’ai même refusé plusieurs invitations dans l’espoir que tu te déciderais.

Et puis, tu es devenu tout blanc. Tu as quitté la salle brusquement. Et je n’ai pu résister. Je t’ai suivi. Quand je t’ai retrouvé dans la petite rue sombre, appuyé au mur, j’ai cru que tu allais me chasser. Je ne sais comment j’ai pu poser ma main sur ton épaule. Je tremblais un peu.

Quand tu m’as embrassée, je n’ai pas aimé l’odeur aigre de ta bouche. Mais ce fut si doux, si tendre, qu’en y pensant aujourd’hui j’en suis encore toute bouleversée. C’était la première fois que je laissais une langue passer mes lèvres.

En ce temps-là, tu étais tout pour moi. J’avais l’impression d’avoir comblé un vide que je traînais depuis ma plus tendre enfance. Ne pas connaître son père est un poids immense que l’on ne mesure qu’au fil de toute une vie. Et quand tu me tenais serrée contre toi, nos langues mêlées, je me sentais alors comme allégée.

Nous nous quittâmes difficilement. Je m’endormais avec toi. Au réveil, tu étais immédiatement là. J’étais persuadée que nous passerions notre vie ensemble. Et je craignais déjà la fin des vacances qui se profilait. »

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  • : Le blog de jouvinjc
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