Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 09:30
La Pierre Tournante…

La tentation de Gaspard

La catastrophe redoutée était arrivée. Gaspard Rouillard relisait, les mains tremblantes, le rapport du second médecin. La jeune femme était bien morte avant d’avoir été jetée à l’eau. Tuée, vraisemblablement à coups de pierre. Quant au bébé, lui, il s’était bien noyé après avoir été attaché sur le ventre de sa mère.

Comme un insecte dans un bol de lait. Le maréchal des logis sentait l’épaisseur du liquide et sa lente immersion. Et, dans ce cas, il se débattait. Furieusement. Ce ne fut pas la dernière recrue qui arriva dans la pièce à ce moment-là. Tant pis pour son vieux collègue et un peu ami. Il entra dans une violente colère qui surprit le gendarme qui, pourtant, commençait à bien le connaître. Une mauvaise foi inattaquable. Des propos décousus, un discours mal contrôlé. Et des gestes désordonnés. Gaspard connaissait bien cette panique qui l’envahissait. La dernière fois, à sa grande surprise, ce fut sa femme qui en fit les frais.

Il avait repéré, lors de sa parade hebdomadaire, place des Halles, une jeune fille à son goût. Il avait fait sonner les fers de son cheval. Avait frôlé la robe de la petite ouvrière, affolée, avec l’arrière de son cheval. Il la connaissait vaguement. Un père tisserand, une mère fileuse, rue du Ponceau lui semblait-il. Les mouvements du cheval entretinrent chez Gaspard l’excitation déclenchée par la rencontre, jusqu’à l’arrivée à la gendarmerie.

Il prit plusieurs fois la tournée dans les faubourgs, à la surprise de ses subordonnés écartés de la corvée. Il n’avait toujours pas revu la jeune femme jusqu’à un après-midi orageux. L’averse éclata brutalement. Il vit une silhouette courir sous la pluie vers une vieille grange, près de la rivière. Il n’était pas très sûr. Il dirigea son cheval vers l’abri.

Partager cet article
Repost0
29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 12:49
La Pierre Tournante…

Le drame

Après quelques mois d’excitation chez Adèle, et des visites de plus en plus fréquentes chez le médecin, tout se dégrada. Hyppolite Delacourt était de plus en plus occupé et espaçait les consultations de ses neurasthéniques. Adèle avait perdu tout son entrain. Elle devenait même aigrie, voire méchante. Les scènes avec son père se succédaient. Au début de la grossesse, Auguste voulait tout régenter. Ce serait un petit-fils. Il lui promettait un bel avenir. Et plus il paradait, plus Adèle se fermait.

Elle revint un soir de chez son père, complètement bouleversée. Elle garda la chambre pendant plusieurs jours. Et on ne vit plus Auguste jusqu’à l’accouchement. Simonin se taisait. Jamais il ne parlait de l’enfant qui allait naître. Il ne voulait même pas connaître les prénoms choisis par Adèle. Mais, aucun reproche, jamais une allusion. C’est à peine s’il regarda le bébé que la sage-femme voulait à tout prix lui présenter.

Pour lui, il n’y avait guère de doute. Hyppolite était le père de l’enfant. Il n’en voulait pas vraiment à Adèle. Mais à ce jour, le médecin devint pour lui un véritable ennemi. Est-ce qu’Adèle s’était accroupie sur ses cuisses ? Avait-elle doucement gémi à la découverte du plaisir ? Cela le torturait.

Et puis, il y eut le drame. Peu de jours après l’accouchement, on retrouva Adèle, l’enfant et le chien noyés dans le plan d’eau. Simonin fut sidéré. Mais de douleur, point. Si, peut-être, pour son chien. On conclut au suicide consécutif à une brutale dépression après l’accouchement. Pour le chien on supposa qu’il s’était noyé en tentant de sauver sa maîtresse, happé par la boue du plan d’eau.

C’est son beau-père, suivi du médecin, qui vint le prévenir. Il ne prononça pas un mot, ne demanda aucune précision. Et jusqu’à l’enterrement, il s’enferma dans un mutisme qui passa pour une indicible douleur. Il refusa toute aide. Les mains tendues d’Auguste et d’Hyppolite le révulsaient. Ils comprirent que, cette fois, il valait mieux laisser tranquille le petit Guiochet.

Partager cet article
Repost0
22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 09:37
La Pierre Tournante...

La transformation d’Adèle

Il ne fréquenta plus les maisons closes. Quant à Adèle, il décida de ne plus rien lui demander. Il répondait encore à l’appel de sa femme quand elle considérait que le devoir conjugal devait, malgré tout, être respecté. Mais ses appels s’espacèrent pour s’effacer totalement. Elle prétexta une santé fragile. Et c’est à ce moment qu’elle se mit à consulter Hyppolite Delacourt régulièrement. Un peu de neurasthénie avait-il diagnostiqué. Il plaisanta même avec Simonin en lui promettant de la remettre vite sur pied.

C’est vrai qu’Adèle changeait. Plus vive, plus gaie. Il avait même été très surpris quand elle revint dans son lit, un soir, après un bal organisé dans la commune. Jeanne, en ce temps-là, avait déménagé, suivant son mari dans une autre commune. Depuis Simonin s’était habitué et acceptait sans trop d’effort de ne plus avoir de relations sexuelles. Ce renouveau dura quelques semaines puis s’interrompit brutalement. Fidèle à ses principes, et n’ayant rien trouvé de nouveau dans la relation renouée, il accepta cette interruption, sans rien dire.

Quand Adèle lui annonça qu’elle était enceinte, il réagit à peine. Il ne se fit guère d’illusion. Jamais il n’avait pu avoir d’enfant. Il rassurait même ses rares maîtresses, avant son mariage, en plaisantant sur son infertilité. Et quand ils essayèrent, avec Adèle, d’avoir cet enfant que le grand-père réclamait, il ne dit rien mais s’amusa du courroux du beau-père. Inutile de lui faire ce plaisir. Cela faisait, de toute façon, déjà bien longtemps, qu’Auguste tonnait contre cet incapable de gendre.

Partager cet article
Repost0
15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 12:36
La Pierre Tournante…

La découverte de Simonin

Il commença par quelques prostituées. Il avait d’ailleurs déjà croisé Hyppolite dans les quelques maisons de la ville proche. Il pensait alors pouvoir y assouvir tous ses fantasmes. Mais, s’il pouvait faire ce qu’il voulait, il supportait mal l’absence de plaisir de ses partenaires, même quand elles mimaient le contraire.

C’est alors qu’il se souvint de Jeanne. Une de ses anciennes élèves. Une jeune fille sage, très belle, qu’il avait eu du mal à considérer comme une enfant lorsqu’elle quitta l’école à treize ans. Il l’avait revue souvent et ses grands yeux tristes continuaient à l’émouvoir. Il savait qu’elle s’était mariée à un grand garçon plutôt frustre mais pas méchant. Il usa alors de son image de maître pour séduire la jeune femme.

Avec quelques remords vite oubliés, il profita de Jeanne. Sans doute amoureuse du Maître d’école elle ne résista guère. La première fois qu’ils firent l’amour, Simonin crut que tout allait recommencer. Il essaya d’être patient, de ne pas l’effaroucher. Elle se serra très fort contre lui quand il trouva le plaisir. Mais il sut qu’elle n’avait pas atteint le sien. L’avait-elle un jour connu, d’ailleurs, avec son frustre mari ? Sans doute que non car elle manifesta une joie sincère. Comme si elle avait pu être comblée.

Et puis, un jour qu’il lisait au pied d’un arbre dans un petit taillis, il la vit arriver. Elle l’avait vu passer et, malgré les risques voulait le rejoindre. Elle allait s’allonger à ses côtés quand, doucement, il la fit s’agenouiller sur lui. Il l’aida à ôter son sous-vêtement en ouvrant le sien. Puis il attendit. Un peu surprise, elle s’assit sur ses cuisses en poussant un léger soupir. Très lentement, elle se mit à bouger. Il la guidait un peu en lui tenant les hanches.

Simonin regardait le visage de Jeanne. Elle avait les yeux fermés, la bouche légèrement entrouverte. Bientôt quelques gémissements accompagnèrent ses mouvements toujours très doux, très lents. Elle se tendit un peu avant d’embrasser longuement Simonin qui cette fois l’avait attendue. Ce moment fut si beau, si fort, si doux, qu’il se promit de ne jamais plus connaître une femme ne pouvant partager avec lui ce bonheur si complet.

Partager cet article
Repost0
8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 12:32
La Pierre Tournante…

La révolte d’Adèle

Simonin avait connu Adèle à une vente de charité. Il avait donné quelques livres dont le produit de la vente devait revenir aux bonnes œuvres de la paroisse. Ils avaient assez vite sympathisé. Bien que timide et réservée, la jeune fille lui fit sentir qu’il l’intéressait. Simonin eut du mal à comprendre ce qui pouvait l’attirer chez lui. La culture, certainement. Le physique, il en doutait. La fortune ? Là il n’y avait aucun doute. Il n’avait pas un sou et tout le monde le savait.

Il comprit quand, pour la première fois, elle lui présenta son père. Veuf depuis la naissance de sa troisième fille, Auguste régnait en maître sur la maisonnée. Ses deux enfants lui étaient totalement soumises. Et, pourtant, comme souvent chez les timides, Adèle pouvait se dresser contre lui. Et là, elle avait choisi comme prétendant tout ce qui pouvait le heurter. Sans fortune, sans prestance, sans personnalité. Simonin lisait le verdict dans les yeux du futur beau-père. Adèle ne céda pas.

Le début du mariage fut convenable. Après tout, peut-être qu’Adèle aimait ce mari qui lui avait permis de résister à son père. Convenable seulement car les époux comprirent très rapidement que sur le plan physique, ce ne serait pas simple. Le premier soir, Simonin avait été maladroit et impatient. Par la suite, Adèle avait passivement supporté quelques pratiques dont elle se demandait ce que son mari pouvait y trouver. Après avoir profité de cette passivité, le manque d’enthousiasme de sa femme finit par irriter Simonin.

Mais cela valait tout de même mieux que les refus. Ils apparurent doucement. La migraine, la fatigue. Rien que de très classique. C’est à ce moment-là qu’il décida d’aller trouver ailleurs ce qu’on ne lui avait jamais vraiment offert.

Partager cet article
Repost0
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 09:27
La Pierre Tournante…

Guerre ouverte

« Ce n’est pas un minable comme vous qui m’apprendrez mon métier. Et vous Rouillard, dites quelque chose. C’est tout juste si ce Guiochet ne m’accuserait pas de complicité voire du meurtre pendant qu’il y est ! »

Il ne croyait pas si bien dire pensa Simonin. Dès qu’il aurait la confirmation de son intuition, il ne lâcherait plus le médecin. Et même s’il n’était sûr de rien, il n’hésiterait pas à salir la réputation de ce pédant.

Pendant ces échanges Gaspard, qui savait aussi être prudent, avait tenté de calmer le médecin. Mais il était évident qu’il ne le soutenait plus et qu’il n’avait pas envie de se retrouver dans une position difficile.

« Pourquoi pas le second examen… »

Il fut coupé brutalement par Hyppolite qui quitta la pièce, flanquant la porte et criant que cela ne se passerait pas comme ça !

Partager cet article
Repost0
24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 12:29
La Pierre Tournante…

La tension monte

Involontairement, il venait de passer la main au médecin. Celui-ci se lança alors dans un exposé savant, avec un jargon plus ou moins scientifique qu’il était difficile de contrer. Simonin vit le Maréchal des logis souffler. Il avait remonté son menton qui depuis quelques minutes s’était singulièrement affaissé. Hyppolite conclut en signifiant d’un geste de la main méprisant que la discussion était close. Il ne masquait plus dans quel mépris il tenait le maire.

C’est alors que tout se dégrada brutalement.

« Seul un autre médecin pourrait vous contredire. Je ne m’y risquerai pas. Je demanderai simplement un second examen à un de vos confrères. Deux experts valent mieux qu’un. Car malgré vos arguments, je ne suis pas bien sûr que la femme se soit noyée. Tout comme je m’interroge sur la façon d’avoir noué les cordes maintenant le bébé sur le ventre. D’ordinaire, à moins d’avoir une aide comme les praticiens qui se font boutonner leur blouse dans le dos par leur petit personnel, on aurait plutôt tendance à faire les nœuds devant soi. »

Hyppolite se déchaîna. Non seulement le maire mettait en cause ses compétences, voire sa conscience professionnelle. Mais on pouvait comprendre qu’il le soupçonnait d’avoir volontairement dissimulé des éléments nécessaires à l’enquête.

Partager cet article
Repost0
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 11:43
La Pierre Tournante…

A fleuret moucheté

C’est Hyppolite qui ouvrit les hostilités.

« Quelle importance peut avoir la hauteur de l’eau dans le ruisseau. Vous devriez pourtant bien savoir qu’on peut se noyer dans un verre d’eau. »

L’allusion était claire. Gaspard sourit servilement. Simonin avait la réputation d’être hésitant. Ses précautions étaient souvent justifiées mais on pouvait se poser la question d’une certaine pusillanimité. Il décida d’être calme, et de se tenir aux seuls arguments raisonnables.

« Parce que la blessure à la tête dont vous vous souvenez, maintenant, et que vous aviez tous les deux oubliée, était sur la nuque, pas sur le visage. En admettant que la mère se soit jetée brutalement dans l’eau et se soit blessée en tombant, comme vous le suggérez, c’est le visage qui devait être meurtri. Mais, admettons que la pauvre se soit d’abord laissée tomber sur le dos, puis, voyant qu’il n’y aurait pas assez d’eau pour noyer son bébé, se soit retournée. »

A son tour, Simonin s’amusait un peu. Qui pouvait imaginer un scénario aussi absurde. Le gendarme et le médecin commençaient à s’agiter. Il reprit rapidement.

« Comment expliquez-vous que la mère n’a pas du tout la tête d’une noyée alors que son enfant est gonflé et violacé ? »

Partager cet article
Repost0
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 12:05
La Pierre Tournante…

Des points de vue divergents

Simonin avait pris soin de recopier, en plusieurs exemplaires, le tableau élaboré après la lecture du brouillon de Rouillard. Il y jetait encore quelques coups d’œil quand il déboucha de la place du Marché au chanvre. Dans quelques secondes, il serait à la gendarmerie.

Le médecin était déjà arrivé. Il avait retravaillé avec le maréchal des logis le procès- verbal de façon à le rendre cohérent avec son propre compte-rendu. Il s’interrogeait, par moments, à propos de la démarche du maire. Que voulait-il ? Que cherchait-il ? Et surtout comment un personnage aussi insignifiant pouvait-il avoir l’audace de remettre en cause son travail, voire ses compétences.

Gaspard commençait à être un peu inquiet. Bien sûr, il obéissait à Hyppolite Delacourt. Il connaissait tellement de personnes haut-placées dans la magistrature. Mais un maire, ce n’était pas n’importe qui non plus. Et puis, même s’il savait que les relations de Simonin avec son beau-père n’étaient pas bonnes, il était quand même allié à la famille Péan. Et cette famille, depuis des décennies dans la ville, c’était quelque chose !

Après avoir salué le gendarme et le médecin, Simonin leur tendit ses documents pendant qu’il prenait connaissance du procès-verbal remanié du gendarme et le compte-rendu du médecin. Rien sur le fond n’avait changé. Il s’amusait à repérer les tournures un peu boursouflées d’Hyppolite contrastant avec les formules stéréotypées de la gendarmerie. Ainsi ils avaient, à nouveau, travaillé ensemble de façon à ce que les deux documents puissent concorder. Discrètement, il jetait un coup d’œil aux deux hommes. Gaspard était de plus en plus rouge et transpirait. Le médecin avait blanchi et ses narines se pinçaient.

Partager cet article
Repost0
3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 12:03
La Pierre Tournante…

La révolte de Simonin

-Avez-vous eu connaissance de ce brouillon avant ce matin ?

Cette fois on n’en était plus à la courtoisie. Le visage d’Hyppolite se figea.

-« Que voulez-vous dire ?

-Je voulais simplement savoir si vous aviez aidé Rouillard à rédiger ce torchon.

-Bien sûr que non. J’ai déjà suffisamment à faire avec mon propre compte-rendu.

-Pourrais-je le voir ? »

Hyppolite réfléchit rapidement. Il ne reconnaissait pas là le freluquet de Guiochet. Il sentait un ton et une volonté qu’il n’avait pas soupçonnés chez lui. Lors de la mort d’Adèle, Simonin s’était à peine intéressé aux circonstances du drame. Il est vrai qu’Auguste Péan semblait totalement l’écraser à l’époque. Il lui fallait être prudent. Il avait enfreint la loi en influençant ce balourd de Rouillard. Il reprit son sourire charmeur.

-« Bien volontiers mais il n’est pas encore rédigé.

-Dans ce cas, il serait sans doute utile de nous rencontrer, le maréchal des logis, vous et moi-même le plus rapidement possible. J’aimerais discuter avec vous de ce procès-verbal. Après tout, je dois y apposer ma signature. »

Simonin refusa le rafraîchissement proposé. Il avait marqué des points. Jamais plus il n’accepterait sans réagir l’ironie condescendante du médecin. On l’avait mis à l’écart lors de la mort de sa femme et de l’enfant. Cette fois, chacun saurait ce que peut faire un petit Guiochet quand il a décidé de jouir de l’exercice de sa volonté.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de jouvinjc
  • : Principalement axé sur l'histoire locale (ville de Gorron), ce blog permettra de suivre régulièrement l'avancée des travaux réalisés autour de ce thème.
  • Contact

Texte Libre

Vous trouverez dans ce blog trois thèmes liés à l'histoire de la ville de Gorron. Les différents articles seront renouvelés régulièrement. Ceux qui auront été retirés sont disponibles par courriel à l'adresse suivante : jouvinjc@wanadoo.fr

Recherche