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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 15:04
La Pierre Tournante…

La Pierre Tournante…

La confrontation

-« Que me vaut l’honneur d’une visite si matinale ? Vous n’êtes pas sérieusement malade j’espère ? »

Le ton était légèrement ironique. Hyppolite savait très bien que Simonin consultait un de ses confrères. Il ne lui avait jamais pardonné cette défiance. C’est ainsi que s’était construit le ressentiment entre les deux hommes. Par petites touches. Chacun voyant chez l’autre ce qu’il ne pouvait accepter en lui-même.

-« Il n’est pas question de santé, peut-être de médecine, certainement de justice. »

L’ironie du médecin venait de déterminer le ton de l’entretien. Simonin, au départ, avait l’intention d’être courtois. Mais il supportait mal qu’on puisse être condescendant à son égard. Delacourt n’était pas son beau-père. Avoir supporté le mépris de ce dernier le laissait peu disponible pour édulcorer ce qu’il avait à dire à ce personnage que, finalement, il détestait. Un silence s’établit entre les deux hommes. Le maire tendit le procès-verbal au médecin en lui demandant d’un ton sec de le lire.

-« A part l’écriture et la maladresse de ce pauvre Rouillard, je ne vois pas ce qui peut vous choquer..

-Je n’ai pas dit que j’étais choqué. Je m’interroge, simplement, sur certaines omissions.

-Ce n’est qu’un brouillon. Il y aura certainement quelques précisions à faire.

-Avez-vous eu connaissance de ce brouillon avant ce matin ? »

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 09:14
La Pierre Tournante…

Une personnalité dérangeante

Hyppolite Delacourt n’avait pas beaucoup de patients ce matin-là. Il fit quand même attendre le maire dans un petit salon attenant à son cabinet. Hier, en fin d’après-midi, il avait eu la visite de Gaspard Rouillard qui l’avait informé de l’exigence de Simonin. La démarche avait irrité le médecin. Ce dernier avait même un peu rabroué le maréchal des logis. Il s’était ensuite repris. Gaspard avait été discret et n’avait pas parlé des consignes qu’il lui avait imposées pour la rédaction du procès verbal.

Simonin regardait le mobilier du petit salon. Il y voyait bien là la personnalité du médecin. Tout était moderne, neuf. Aucune âme. Ce n’était pas laid, loin de là. Mais pouvait-on réellement vivre dans un cadre aussi guindé, uniquement tourné vers le paraître ? Le couple devait ressentir du plaisir à montrer. Après tout, cela était peut-être tout aussi respectable que la recherche d’un confort un peu égoïste. Cette compréhension bienveillante fut vite balayée. Ce poseur d’Hyppolite le faisait volontairement attendre. Et il avait horreur de ça.

Le médecin vint à lui, tout souriant, la main tendue. Par la porte entrouverte, Simonin pu voir une jeune femme rougissante quitter précipitamment le cabinet. Le maire ne doutait pas qu’elle fut une patiente. Mais il ne pouvait s’empêcher de penser qu’Hyppolite usait et abusait peut-être de son charme, de sa position, pour jouer un peu avec les femmes fragiles. Il avait très mal vécu les fréquentes consultations d’Adèle, autrefois.

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 11:45
La Pierre Tournante…

Détente

Il quitta son bureau et s’installa dans le lourd fauteuil en cuir près du four à pain allumé. Un moment privilégié. Après un travail satisfaisant, une découverte excitante dans les archives municipales, il aimait terminer la journée avec un cigare et un bon cognac. Il essayait de contrôler la fréquence de ces moments de détente. Mais il ne pouvait que constater l’augmentation sensible de celle-ci depuis quelques années. Il savait que ces petits excès n’étaient pas bons pour sa santé. Parfois, il se demandait comment il pourrait gérer l’annonce d’une maladie probable avec l’issue mortelle programmée ? Il se sentait particulièrement fort quand le cognac était terminé. Mais, le matin, le doute parfois s’insinuait.

Il gravit, de plus en plus lentement, lui sembla-t-il, les marches de l’échelle de meunier donnant accès à sa chambre. Dès demain il irait voir le médecin. Non pas pour sa santé. Il ne consultait Hyppolite Delacourt que pour les affections bénignes. Il ne mettait pas en doute ses capacités professionnelles. Mais il se voyait mal partager des secrets avec cet homme. Depuis la mort de sa femme, notamment, il l’observait et ce qu’il avait pu relever ne plaidait pas en sa faveur. On verra quelles seront ses réactions quand il mettra en doute le récit du maréchal des logis.

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 12:13

Plus que des inexactitudes

Lorsqu’il fut à peu près sûr d’avoir tout déchiffré et compris, il reprit, point par point, la description de la scène qu’il avait vécue avec les gendarmes et le médecin. Très vite, il sentit que quelque chose n’allait pas. Il fit alors, consciencieusement deux colonnes sur une feuille vierge. Il ne se doutait pas, en procédant aussi méticuleusement, qu’on aurait pu se moquer de ce côté obsessionnel, du temps qui pouvait être perdu pour préserver une forme plus destinée à le rassurer qu’à véritablement mener à bien la tâche qu’il s’était fixée.

D’un côté, ce qu’il avait cru voir. Non, ce qu’il avait vu ! De l’autre, les faits relatés par le gendarme. Et il recensa, sur une autre feuille, les points de divergence. La femme était couchée sur le ventre et non sur le dos dans le ruisseau. L’eau était basse et ne recouvrait pas entièrement le corps. La blessure derrière la tête n’était pas mentionnée. A aucun moment il n’était question des cordes nouées dans le dos. Pas plus que de l’état des visages de la mère et de l’enfant. Il y avait bien d’autres détails discordants mais Simonin ne les jugea pas suffisamment importants pour les retenir.

La Pierre Tournante…
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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 10:16
La pierre Tournante…

Le procès-verbal

C’est à ce moment que Simonin fut annoncé. Gaspard manifesta son irritation et traita même le maire « d’emmerdeur » devant un gendarme muet. Mais dès que son visiteur entra dans le bureau, il se recomposa une image de militaire respectueux du pouvoir. Discrètement, Simonin sourit au gendarme lui signifiant ainsi qu’il n’était pas dupe. Celui-ci, impassible ne put masquer un éclair dans ses yeux.

Il fut difficile d’obtenir du maréchal des logis le brouillon du procès verbal. Tout d’abord parce qu’il était la marque de ses limites en terme d’expression écrite. Ensuite parce que le torchon qu’il tendait à regret à Simonin échappait à tout artifice et révélait la nature de l’épais personnage. Enfin parce que c’était le premier magistrat de la commune qui l’exigeait. Et, bien que soumis au brillant Hyppolite Delacourt, il était avant tout un militaire pour qui la hiérarchie passait avant tout. Il tenta tout de même de parlementer. Mais il battit en retraite quand le maire lui signifia qu’il porterait lui-même le brouillon au médecin.

De retour à son domicile, Simonin passa une partie de sa soirée à travailler sur le procès verbal de la gendarmerie. Il eut, tout d’abord, quelques difficultés à déchiffrer l’écriture malhabile du maréchal des logis. Il dut deviner quelques mots masqués par d’épaisses taches d’encre violette. Sans aucune compassion pour les limites du militaire en matière d’écriture, il s’amusa des formules empesées, péniblement retenues, qui émaillaient le récit. Il ne put s’empêcher de penser qu’il y avait un certain scandale à confier la charge d’enquêtes parfois délicates à un personnage aussi lourd.

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 12:12
  La Pierre Tournante…

Le maréchal des logis Rouillard

Simonin avait revu cette scène au cours de sa marche des Ponts Neufs à la rue de la Prison. Il ne se souvenait même plus qui l’avait salué quand il avait traversé le carrefour des Rosiers. Il était maintenant installé dans son bureau. Il goûtait particulièrement ces moments. Un feu dans le four à pain. La lampe aux reflets verts allumée. Et le papier à noircir sur le sous-main de cuir. Il n’arrivait pas à se concentrer. Il revoyait le menhir de la Roche, le ruisseau et les corps. La désinvolture du médecin ne cessait de le préoccuper. L’incompétence notoire du maréchal des logis, totalement soumis, continuait à l’exaspérer. Il lui fallait agir, sinon toute la fin d’après-midi serait gâchée. Il s’habilla et descendit vers la gendarmerie.

Gaspard Rouillard peinait sur le procès verbal. Tout était lourd chez lui. Du raisonnement à l’écriture. Le médecin lui avait conseillé, et pour lui cela était devenu un ordre, de rédiger ce procès verbal le plus vite possible. On n’allait pas perdre son temps pour une ouvrière qui n’avait pas supporté de se faire engrosser. Le maréchal des logis s’énervait parfois. Et, dans ce cas, il lui fallait immédiatement sous la main un de ses gendarmes. Le dernier arrivé, le plus fragile, lui convenait bien. Il hurla, comme à l’habitude, pour le faire venir dans son bureau. N’ayant plus, lui-même, un souvenir exact de la position des corps près de la Pierre Tournante, il lui fallait quelqu’un pour endosser la faute. Il contredit violemment la version du gendarme en l’humiliant. Cela ne l’empêcha pas d’utiliser cette version pour boucler laborieusement un brouillon raturé et taché.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 12:16
La Pierre Tournante…

Provocation…

Le juge et sa femme quittèrent la pièce en saluant Simonin d’un léger signe de tête. A peine étaient-ils sortis qu’Auguste marmonna : « Quels chieurs ces deux là ». Cela résumait le personnage. Aux petits soins, voire obséquieux, devant les notables pouvant lui être utiles. Grossier et méprisant dès qu’ils avaient le dos tourné. Simonin faillit lui en faire la remarque. Mais, à quoi bon. Un jour, il avait tenu tête à son beau-père pour une broutille dont il ne se souvenait même plus. La tension devint telle qu’Auguste faillit utiliser la force physique. Il lui était intolérable de ne pas voir céder un membre de sa famille, même s’il était « rapporté », comme il se plaisait à le dire.

« Venez prendre un café ! » Cela tenait plus de l’ordre que de l’invitation. Malgré les circonstances, Simonin s’amusa à tester la résistance d’Auguste. Allait-il accepter un refus ? La mort de sa fille l’avait-il, malgré tout, un peu fragilisé ? Il vit les phalanges des grosses mains d’Auguste blanchir, accrochées aux montants du lit. Quand il quitta la chambre, ce dernier eut du mal à ne pas flanquer la porte.

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 10:25
La Pierre Tournante…

Le beau-père

Quand sa plus jeune fille lui annonça qu’elle voulait épouser un maître d’école il commença par se révolter. Ce Simonin Guiochet représentait tout ce qu’il méprisait. Pas de force physique, aucune prestance, peu d’argent, de basse extraction… Tout y était. Un de ces minables qu’il aurait bien voulu écraser. Pour le côté intellectuel, c’était un peu plus compliqué. Il raillait volontiers les mains blanches, le manque d’esprit pratique, le plaisir de la lecture. Mais il y avait bien longtemps que ses propres mains avaient perdu leurs cals. Il cherchait à se placer près des administrateurs du département. Dans bien des réunions à la Préfecture, il se sentait humilié par le savoir des « gratte-papiers ». Et quand il fut obligé de demander à Simonin de lui corriger ses appels de subvention, son animosité atteint un sommet.

La course aux subventions, quand il était maire, était son grand cheval de bataille. Sûr de lui, volontiers sans gêne, il mettait constamment en avant ses « victoires » à l’arraché. Toujours au cours de réunions familiales. C’était le seul moment où il s’adressait directement à son gendre. Il cherchait les félicitations. Et quand il voyait Simonin tenu de reconnaître son efficacité, ses yeux brillaient. Ce dernier aurait voulu contester, ternir l’auréole. Notamment devant les deux filles totalement soumises au père. Même Adèle, si clairement rejetée, ne pouvait s’empêcher d’admirer le tyran domestique. Mais Simonin savait qu’il était lui-même incapable de faire ces démarches forcées. Timidité, fierté, orgueil mal placé, il n’avait jamais voulu quémander. Se voir refuser quelque chose l’aurait sans doute aussi atteint au plus profond de lui-même. Dans ces moments-là, il haïssait son beau-père.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 11:55
La Pierre Tournante…

Le drame de Simonin

Simonin était assis, à droite, au haut du cercueil. Il regardait fixement le visage ivoire de sa femme. Un linge avait été posé sur la tête de l’enfant. Prostré, on aurait pu croire qu’il priait. En vérité, il tentait de versifier. Une manie contractée lors de sa première veillée mortuaire. Celle de sa grand-mère maternelle. Il tenait quelques strophes sur la mort mais sa mémoire lui jouait des tours. A la recherche du mot juste, de la rime, il perdait les premiers vers. Il était seul dans la chambre mortuaire. La famille proche bavardait dans la cuisine. Il nota que le ton était monté. L’accumulation des cafés, sans doute. Et pour certains, l’appétence au calva.

La porte s’ouvrit doucement. Le père de la morte, Auguste Péan s’effaça devant le juge de paix et sa femme. Il tournait le dos à son gendre. Les visiteurs durent le contourner pour saluer Simonin. Puis, très vite, on l’oublia. Auguste rappelait à voix basse tous les mérites de sa fille. Elle était pourtant la moins aimée des trois. On attendait un garçon dès la première naissance. La déception fut grande pour le mari. Elle passa peut-être même avant la douleur engendrée par la mort de la mère survenue peu après la naissance.

Auguste Péan était un personnage important. Il fut maire pendant de nombreuses années. Il tentait de se composer l’image de ces paysans, durs au travail, exigeants envers les autres, plus encore envers eux-mêmes. Mais droits, justes, masquant leurs émotions derrière une volonté farouche. En réalité, ce fils de fermiers aisés était devenu un maquignon retors. Il était prêt à tout pour amasser. Argent et terres. Il n’avait jamais hésité à spolier, filouter. Et tous ceux qui tombaient sous sa coupe n’étaient que des minables.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 11:53
Le Champ des Martyrs…

Marie-Madeleine

Pour clore ces quelques articles illustrant le travail d’écriture qui permet la réalisation des romans historiques concernant Gorron, un point sur l’avancement de celui qui est en chantier. Je fais rencontrer les deux jeunes gens (Jean et Marie-Madeleine). Le chapitre concernant cet événement est en cours.

Je ne sais pas encore comment le roman se terminera après les exactions des Huguenots à Gorron. L’idée de transporter certains héros à Paris, ce qui leur permettrait de « vivre » la Saint Barthélémy me séduit. Dans quel camp (Catholiques, Protestants), je ne sais pas encore.

Lorsque le roman sortira (dans quelques années j’espère) nous verrons alors où l’écriture aura bien pu me mener…

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Vous trouverez dans ce blog trois thèmes liés à l'histoire de la ville de Gorron. Les différents articles seront renouvelés régulièrement. Ceux qui auront été retirés sont disponibles par courriel à l'adresse suivante : jouvinjc@wanadoo.fr

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