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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 11:53

 

La mort du curé Gonnet par l’abbé Fleury (fin)

 

« Ses vicaires s’empressèrent, le matin, d’aller à sa chambre pour savoir de ses nouvelles : quelle fut leur surprise en ne le trouvant plus ! Ils jetèrent les hauts cris, mais ils étoient tardifs. On expédia partout des courriers pour s’informer de ce qu’il étoit devenu. Celui qui arriva chez moi au moment où j’allois dire la grande messe, m’accabla d’un tel chagrin que je ne dis qu’une messe basse, sans savoir ce que je faisois. Je tremblois de tous mes membres ; je fus obligé de me coucher. Une mort si tragique, dans les circonstances si tragiques où nous nous trouvions, me fut plus sensible qu’aucune de toutes les pertes que j’avois éprouvées depuis que j’étois sur la terre. Quelque attachement que j’eusse pour lui, s’il fut mort naturellement, je l’aurois regretté ; il étoit digne de mes regrets. Je l’aimois autant que mon père. Mais une mort aussi terrible me mit hors de moi-même ; je ne pus dire mes vêpres. Je n’y ai jamais pensé sans frémir, et sans trembler sur un si funeste accident.

On ne trouva son cadavre, enflé comme un tonneau, que la veille du premier de l’an. Je fus invité à sa sépulture qui eut lieu le soir. Je ne me sentis ni assez de force, ni assez de courage, pour assister à une si déplorable cérémonie, où l’on n’entendit que cris et que sanglots. Aucun des curés et des vicaires qui s’y trouvoient ne put chanter.

Dans la nuit où arriva cette mort fatale, il s’éleva une affreuse tempête qui dura toute la journée du 26 ; elle fut si violente qu’elle renversa des arbres, des cheminées, et le toit de plusieurs maisons. Un semblable ouragan avoit eu lieu le 2 novembre précédent, lorsque les conjurés consommèrent notre destruction. La colère de Dieu qui ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion, annonçoit partout les attentats des scélérats. Ah ! m’écrioi-je, de grands malheurs nous menacent encore ! »

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 16:41

 

La mort du curé Gonnet par l’abbé Fleury (suite)

 

A peine sortis de table, arriva l’infortuné doyen avec trois de ses principaux habitans qui l’avoient accompagné dans ce triste voyage. Il ne nous dit rien, ne s’aperçut d’aucun de nous. La pâleur, qui avoit remplacé le beau vermillon habituel sur son visage, annonçait la profondeur de son chagrin.

Le curé Garnier et moi partîmes consternés ; nous nous abandonnâmes, dans le chemin, aux plus fâcheuses réflexions. Nous ne savions quoi dire et quoi penser. Nous ignorions l’aliénation de son esprit : si nous l’avions connue, nous ne l’aurions pas abandonné. Il dit la grande messe la nuit de Noël, prit les ablutions et ne savoit ce qu’il faisoit. Le lendemain, il voulut dire la messe du jour ; ses vicaires s’y opposèrent. Il commença les vêpres par le Magnificat. Arrivé dans son salon, il s’assit par terre comme un enfant, se tournant et se retournant de tous les côtés. On voulut le coucher ; il s’y refusa.

Il monta dans sa chambre à neuf heures, et se jeta sur son lit tout habillé. L’infortuné doyen se leva à une heure après minuit, quitta sa soutane pour se revêtir d’une camisole, descendit les escaliers, ouvrit la porte du jardin qu’il ferma avec force, sauta un fossé, traversa plusieurs champs, et se précipita dans un gouffre.

A suivre…

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 11:51

 

La mort du curé Gonnet par l’abbé Fleury (suite)

 

« Au milieu de l’Avent, quatre léopards grippe-jésus [quatre soldats de la maréchaussée] l’arrachèrent avec violence de son presbytère pour le conduire, d’abord au district, ensuite au département où il fut accablé d’outrages, rassasié d’opprobres. La religion n’entroit pour rien dans cette lutte aussi disproportionnée qu’extravagante. Concevez, lecteur, quels furent les cris de l’orgueil humilié, dans un homme qui n’avoit su, pendant sa vie, que commander et exiger une obéissance aveugle !

Le mercredi précédant la fête de Noël, quelques affaires m’ayant appelé dans son bourg où j’entendis avec frayeur les hurlemens de la canaille :

« Ah, ça ira, ça ira, ça ira,

Les aristocrates à la lanterne ! »

Je me sauvoi tremblant au presbytère pour scavoir de ses nouvelles. Le frère de l’abbé Garnier, curé dans mon voisinage, m’arrêta pour dîner ; ses vicaires, aussi inquiets que nous, ne purent nous satisfaire. »

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 11:30

Information

Comme beaucoup le savent certainement, je suis étudiant en master recherche en Histoire. Pour satisfaire aux exigences universitaires, je me permets de suspendre la publication des articles sur la vie de l'abbé Fleury, le temps nécessaire à la rédaction de mon mémoire. Je reprendrai ce travail fin juin (ou début juillet selon ce qu'imposera le calendrier universitaire). Nous aurons l'occasion de parler de l'abbé Fleury au moment de l'exposition sur « La Révolution dans le canton de Gorron » organisée par Jean-Claude Jouvin et l'Amicale Laïque au moment de la Foire fleurie.

 

Merci de votre compréhension.

 

Corentin Poirier

 

Corentin a cependant envoyé un texte de l’abbé Fleury relatant la mort du curé Gonnet, maire de Gorron, dont nous avons souvent parlé sur le blog. Ce texte nous permettra de nourrir la rubrique pendant encore quelques semaines.

 

"L’arrivée de ce coup foudroyant fut précédée d’un accident fâcheux qui me causa le plus profond chagrin et porta la consternation dans tout le canton."

                                                                       A suivre…

Illustration : la Colmont dans laquelle s’est noyé le curé Gonnet.

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 12:13

 

Une association pour la sauvegarde du patrimoine gorronnais ?

 

 

            Samedi 25 février, la municipalité de Gorron invitait les habitants à une réunion d'information à la mairie afin d'évoquer les travaux de restauration de l'église, devenus urgents, notamment pour des questions de sécurité. Une vingtaine de personnes ont répondu présent.

            Si l'église, dont l'importance dans notre histoire locale n'est plus à rappeler, doit être restaurée dans son ensemble, c'est surtout sur la flèche du clocher (52 mètres de hauteur) que porte l'essentiel du débat. Faut-il le raser ? Le déposer ? En reconstruire un nouveau, peut-être aux dimensions plus modestes, avec des matériaux modernes ? Ou bien, et c'est la solution qui – à titre personnel – me paraît être la plus convenable, faut-il le restaurer à l'identique ? Le problème du coût de cette restauration se pose évidemment, et toutes les solutions peuvent être étudiées. Pour le moment, le montant global des travaux est évalué à 1 300 000 euros (d'après le Gorron Infos).

            La municipalité proposait aussi de réfléchir à la création d'une association, dont la vocation serait de veiller avec attention à la sauvegarde – et pourquoi pas, bien entendu, à la mise en valeur ? - du patrimoine gorronnais, à commencer par l'église, premier bâtiment qui doit concentrer les attentions. Remarquons que la notion de patrimoine ne concerne pas uniquement le bâti, elle regroupe tout ce qui relève de ce que nous appelons aujourd'hui le « patrimoine matériel » mais aussi le « patrimoine immatériel ». Il faut espérer que cette association, dont je souhaite vivement la mise en place, puisse rassembler les Gorronnais sensibles au patrimoine de leur ville et désireux de travailler à sa conservation. Une assemblée constitutive devrait se tenir le samedi 11 mars prochain, à 10h00, en mairie.

            Concernant le débat autour de ces travaux, on pourra relire cet article du Publicateur Libre, datant de décembre dernier : http://www.lepublicateurlibre.fr/2016/12/28/eglise-saint-martin-le-clocher-fragilise-doit-il-etre-supprime/

 

            Les pierres ne peuvent s'entretenir d'elles-mêmes, mobilisons-nous pour continuer à les faire exister !

 

A bon entendeur...

 

Corentin Poirier

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 11:54

Retour sur la conférence sur l'abbé Angot

            Une quarantaine de personnes étaient présentes le vendredi 10 février à la conférence sur l'abbé Angot, suivie de la visite de l'exposition consacrée à l'érudit mayennais dont on célèbre cette année le centenaire de la mort. L'exposition est le fruit du travail de la médiathèque Victor-Hugo et de Corentin Poirier et a pu bénéficier de prêts d'objets relatifs à la vie religieuse de la fin du XIXe et du début du XXe siècles par l’association « Entre nature et patrimoine » qui gère l'Écomusée de Brecé ainsi que d'ouvrages mis à disposition par la Bibliothèque Départementale de la Mayenne. Près de trente panneaux retracent la vie, l’œuvre et les relations de l'abbé Angot (1844-1917). Des ouvrages écrits par l'abbé mais aussi d'autres livres traitant de l'histoire locale sont mis en évidence et peuvent être consultés sur place. Des extraits du Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, de L'Armorial et de L’Épigraphie de la Mayenne concernant Gorron sont également reproduits. L'exposition est visible jusqu'au 28 février à la médiathèque de Gorron, et devrait être ensuite installée dans d'autres villes de la Mayenne...

 

Corentin Poirier

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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 12:36

 

Article XV: Les paroissiens de Vieuvy :

 

7. Échange avec « Mossieur le Couré »... (2nde partie)

 

Illustration : Scène de village au XVIIIe siècle.

 

            Nous donnons ici la fin de l'échange entre le « pauvre bonhomme Mathurin » et l'abbé Fleury : « Je dixme vos grains au dixième, je veux dixmer vos garçons au troisième ; il m'en reviendra trois. Vous garderez les grands ; je prendrai Michaut, Jacot et Pierrot ; le premier à huit ans, le second sept, le troisième six. Vous les verrez quand vous voudrez. M. l'abbé et moi, nous nous occuperons de leur éducation ; votre dixme servira en partie pour les nourrir, et leur travail suppléera au reste. Eh bien ! Père Mathurin, le marché vous convient-il ? » – « Hélas ! Mossieu le couré, je n'avons ren à vous refuser ; ce sont nos effans que j'aimons, ma femme et moi, comme nos yeux. Qu'en dis-tu, Peresse ? Ils seront ben mieux avec Mossieu le couré qu'avec nous. » – La mère Peresse ne répondoit jamais rien; M. le vicaire acheva de la déterminer et de conclure ce marché. Les trois chérubins vinrent à la cure manger du sarrasin ou bled noir, tout leur content ».

 

Corentin Poirier

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 11:08

Article XV: Les paroissiens de Vieuvy :

 

7. Échange avec « Mossieur le Couré »... (1ère partie)

 

Illustration : Louis Le Nain, Famille de paysans dans un intérieur, 1642 ( Musée du Louvre)

 

            Dans sa première visite pour se présenter et faire la connaissance de ses ouailles, l'abbé Fleury, attentif, s'intéresse de la situation de tous, et en particulier des ménages les plus humbles : « je m'informois du nombre d'enfants, du profit du travail, de leurs moyens de subsistance, afin de subvenir à leurs besoins ».

            En deux articles, je laisse l'abbé raconter un accord qu'il conclue avec bienveillance avec un vieux fermier, père d'une grande famille. Point intéressant, il restitue les paroles du « bonhomme Mathurin » en patois (dans un parler qui nous fait penser au personnage de Pierrot, le paysan du Dom Juan de Molière...) :

 

            « Je trouvoi dans un des villages, un nombre si prodigieux d'enfants dans la maison, que je demandoi s'ils étoient accourus de tous les villages pour me voir et m'embrasser. – « Nenni, Mossieu, répondirent les parents, ce sont tous nos enfants que v'la ; grâce à Dieu, je n'en avons point enterré. » Cette réponse me frappa d'autant plus que le père étoit vieux et la femme toute jeune. – « Combien en avez-vous donc? » – « Quinze, ni plus, ni moins, mon bon Mossieu. Approchis, Michaut, embrassis Mossieu le couré ; venis Pierrot, Louisot, Jeannot, Jacot, Tiennot, marchis donc embrassir Mossieu le couré. J'avons dix garçons et cinq filles ; les quatre grands rendant de grands services au pauvre bonhomme Mathurin ; les petiots font ce qu'ils pouvant. Pour mé et mes filles, je travaillons au ménage, aux véches, aux pourcéaux, à la poupée et au beurre. » – Tous ces enfants étoient jolis, propres, quoiqu'en guenilles, gros, gras, avec de belles couleurs au visage. – « Comment faîtes-vous pour nourrir toute votre famille ? Votre métairie est-elle grande ? Combien en payez-vous ? » – « Ah ! Mossieu, je faisons comme je pouvons ; le bon Dieu bénit les grandes familles, je payons cher nout' ferme qui n'est pas biaucoup grande ; les bourgeas ne sont jamais contens ; ils nous arrachant le cœur du ventre. Je vendons un peu de fil, quelques bestiaux pour suffire à tout ; je ménaigeons le pain. » – « Allons, bonhomme Mathurin, et vous, brave Peresse, faisons un marché. » – « Ben volontiers, Mossieu le couré ; de qué est-il question ? »

 

Corentin Poirier

 

 

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 12:20

Article XII : Les paroissiens de Vieuvy :

 

4. La boisson...

 

 

            Nous l'avons vu, l'abbé Fleury est fier de la piété de ses ouailles qui vivent dans le respect des Commandements. Il déplore cependant les déviances de quelques-uns de ses paroissiens. Et premièrement, l'ivrognerie qu'il condamne fermement.

            Il y avait en effet deux cabarets à Vieuvy « uniquement destinés aux voyageurs ; les habitans y alloient quelquefois dans la semaine pour conclure des marchés ». Ceux-ci ne semblent pas, pour la plupart, attachés à la boisson, ce que Fleury attribue au bon exemple donné par son prédécesseur, l'abbé Carré, qui « ne badinoit point ». Il nuance toutefois son propos, regrettant que « le péché de l'ivrognerie étoit cependant commun parmi les chefs de famille qui fréquentoient les marchés et les foires ».

            Plus loin, il donne l'exemple d'un jeune paroissien, natif de Mayenne, « privé de ses père et mère, occupant une belle maison dans le bourg, et jouissant de plusieurs métairies dans la paroisse. Ce jeune homme, abandonné à lui-même, sans aucune éducation, quoiqu'il appartint à une famille honnête, se livroit à tout espèce d'excès. Sa maison étoit un lieu de débauches et de crimes. Une ayeule indolente, instruite d'une conduite si scandaleuse, n'osoit la lui reprocher ».

Il poursuit, d'un ton amer : « C'étoit un vrai pourceau et qui n'avoit d'autre plaisir que d'enivrer ceux qui voulaient boire avec lui ; il étoit noyé dans le vin du matin au soir. Je l'aurois chassé sans la Révolution. Il mourut quelque temps après mon départ, âgé de vingt-quatre ans, vautré dans l'ordure et la fange. Il causoit le plus grand mal à ses fermiers et aux journaliers qui travailloient pour lui ; il ne fréquentoit ni l'église ni les Sacrements. Que cette ayeule a eu de sembables dans tous les états et toutes les conditions ! Que de parents, surtout les riches, ont de reproches à se faire sur la perte de leurs enfants ! »...

 

Corentin Poirier

 

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:26

Article IX : Les paroissiens de Vieuvy

 

  1. Le catéchisme

 

Illustration : Les fonds baptismaux de l'église de Vieuvy.

 

            L'abbé Fleury, toujours dans ses Mémoires, rapporte les usages en vigueur dans sa paroisse en ce qui concerne la religion et la façon dont celle-ci était pratiquée par ses ouailles. Il commence d'abord par évoquer la formation des jeunes gens par l'enseignement délivré par le catéchisme, auquel il accorde – de façon générale – beaucoup d'importance : « A mon arrivée dans ma paroisse, j'y trouvoi un usage qui étoit établi dans tout le canton ; je le maintins avec d'autant plus de plaisir, qu'il étoit très-avantageux à la religion. Cet usage étoit d'examiner publiquement sur le catéchisme, tous les jeunes de l'un et de l'autre sexe qui se disposoient au mariage. Ils fréquentoient les catéchismes depuis leur enfance jusqu'à un âge fort avancé,[...] depuis l'âge de huit ans, jusqu'à leur mariage. Ils faisoient trois communions avant leur réunion avec les adultes. ».

            Avec fierté, le nouveau curé décrit aussi les mœurs réglées des paroissiens, qui vivent dans le respect scrupuleux des Commandements : « Je n'ai jamais entendu de jurements, je vis avec autant de surprise que de bonheur, que le péché de l'impureté, si commun dans les villes et les grandes paroisses, étoit inconnu parmi la jeunesse. La familiarité d'un garçon avec une fille étoit regardée comme un déshonneur dans la famille. » Il ajoute : « On ne connoissoit ni danse ni mascarade au temps du carnaval. Les garçons n'étoient pas plus exempts de passions que dans les autres endroits ; mais, d'un côté, la fréquentation régulière des Sacrements, de l'autre, l'assiduité au travail et l'éloignement des mauvaises compagnies, les retenoient dans le devoir. »

 

Corentin Poirier

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Vous trouverez dans ce blog trois thèmes liés à l'histoire de la ville de Gorron. Les différents articles seront renouvelés régulièrement. Ceux qui auront été retirés sont disponibles par courriel à l'adresse suivante : jouvinjc@wanadoo.fr

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