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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 12:11
La Pierre Tournante…

Un père indigne

La femme et l’enfant furent allongés sur le lit de coin, à droite de la porte. Le père, sérieusement imbibé, voulut protéger sa couche. Et il arriva alors une chose inimaginable. Sa femme se leva d’un bond, lui cracha au visage, le repoussa violemment et laissa éclater son chagrin en longs cris douloureux. La brute avait levé la main. Mais il devait tout de même lui rester un peu de lucidité. Il perçut les regards des hommes qui s’étaient approchés. Et, comme souvent chez les ivrognes, il éclata en sanglots et se répandit dans un désespoir dégoulinant, entièrement sur-joué.

Des voisines entrèrent et les présents comprirent qu’ils devaient se retirer. La toilette des morts est très souvent confiée aux femmes. Comme la délivrance de la naissance. Simonin quitta la maison et sentit qu’il plongeait dans des souvenirs qu’il tentait de tenir, jusqu’à présent, à distance. Il ne salua personne et s’engagea dans la rue des Palmes. C’est à peine s’il entendit le maréchal des logis lui demander de passer à la gendarmerie pour signer le constat qui devait être établi à l’issue du décès.

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 12:08
Le Champ des Martyrs…

Les frères Le Héricé (suite)

Selon un témoin de l’époque (François de Boispitard), les frères Le Héricé ont pris la ville et le château de Domfront en 1574, dans le cadre des guerres de religion.

Ambroise Le Héricé, se disant maître et gouverneur de la place serait mort d’un coup d’épée alors qu’il refusait de donner du foin et de l’avoine à la troupe du comte de Montgommery, général huguenot qui venait d’arriver à Domfront. Dans un premier temps enterré, son corps fut extrait de la tombe, traîné par un cheval, puis pendu et exposé jusqu’à putréfaction. Des chiens l’auraient même en partie déchiqueté.

L’exécution de son frère fut plus classique puisqu’il fut « simplement » pendu.

Ces quelques éléments montrent la sauvagerie qui a pu exister au cours des guerres de religions. Sauvagerie qui occupera un chapitre de mon roman.

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 12:09
La Pierre Tournante…

L’annonce

C’était à Simonin d’annoncer la nouvelle aux parents de la morte. La mère, fileuse, le père piqueur de pierre, habitaient dans le faubourg des Ponts neufs. Le maire les connaissait un peu. Surtout la femme, discrète, polie, soumise à un mari violent et alcoolique. Quand ils arrivèrent près de la minuscule maison, près de la rivière, ils surent que les conseils de discrétion avaient été bien vains. On ne voyait personne. Mais les rideaux s’agitaient.

Hyppolite Delacourt observa le petit maire. Bien que toujours très affable, on pouvait deviner dans ses yeux quelque chose comme du mépris et de l’amusement. Simonin enregistra le regard, s’étonnant tout de même du détachement du médecin. La femme pleurait en silence, prostrée près de la cheminée. Le père, lui, le visage enflammé, proférait des menaces contre quiconque aurait pu faire du mal à sa fille.

Simonin n’eut aucune compassion pour l’ivrogne braillard qui proposait à boire à leur petite troupe. Il s’approcha de la femme et, doucement, lui mit la main sur l’épaule. Si elle connaissait le malheur, elle ne savait sans doute pas comment il était arrivé. Et il se doutait bien que Delacourt ne lui épargnerait aucun détail. Sans doute pas par sadisme mais par souci d’importance.

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 12:02
Le Champ des martyrs…

Les frères Le héricé

J’ai déjà plusieurs fois parlé des frères Le Héricé qui, à la tête des Huguenots de Domfront, ont ravagé les faubourgs de Gorron. Corentin a cherché quelques informations supplémentaires sur ces personnages qui prendront une place importante dans le récit à partir de la fameuse réunion des Calvinistes à Gorron.

Ils peuvent être présentés de façon très contrastée : bandits de la pire condition et comme le rebut de la société d’alors » pour certains, « des hommes rompus au dur métier de la guerre qui était surtout pratiqué dans ces temps par la noblesse ».

Les frères Le Héricé, Sieurs de la Touche, habitant près du lieu le Pissot situé sous les remparts de la ville de Domfront seraient issus d’une famille de notables.

« Hommes de guerre farouches, capable des plus grandes violences et de tous les excès, mais aussi des soldats pleins de vaillance et courageux jusqu’à l’héroïsme ».

Dans mon roman, j’ai rajouté un fait qui, sans excuser les violences, pouvait en expliquer l’origine.

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 11:56
La Pierre Tournante…

Les cadavres…

On sortit le corps du ruisseau. Tout le monde remarqua le paquet fixé sur son ventre. La paysanne avait cessé ses jérémiades. D’abord intéressée. Puis au bord de la crise de nerfs. Hyppolite venait d’écarter les linges souillés qui enveloppaient le paquet. Et l’on aperçut alors le visage gonflé et violacé d’un bébé. Le maréchal des logis avait perdu de sa superbe. Il détourna le regard. Et Simonin dut admettre que le docteur avait un certain courage, ou beaucoup d’habitude, pour poursuivre ses investigations sans perdre son sang-froid.

Une femme morte avec son bébé. Simonin crut, un instant, qu’il allait s’évanouir. Mais, cette fois, il lui fallait tout voir. La douleur est très forte quand le réel, brutalement, vous agresse. Mais que dire de l’incertitude qui vous ronge, bien longtemps après le drame ? Voir son enfant mourir est horrible. Le perdre sans savoir ce qui lui est arrivé doit dépasser l’entendement.

Il réussit à tout enregistrer. Les ficelles dénouées dans le dos de la morte. La blessure à la tête qui avait peu saigné. La taille du bébé. Et même son sexe, un instant dévoilé. Les deux gendarmes avaient apporté une civière. Le retour vers la carriole du médecin fut long, pénible. Personne ne parlait. Le couple de paysans avait été renvoyé avec des consignes de discrétion auxquelles personne ne croyait. Une autre épreuve s’annonçait.

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 11:53
Le Champ des Martyrs…

Une réunion de Calvinistes à Gorron

L’essentiel des personnages étant en place (sauf découvertes au cours du récit), un des thèmes centraux du roman sera abordé à partir d’un fait réel : la réunion de calvinistes à Gorron attestée dans les éphémérides. J’en ferai une réunion clandestine où nous retrouverons Jean, Pierre, le religieux du couvent, Julien, le chirurgien de la Renardière, mais aussi des représentants des huguenots de Domfront, notamment les frères le Hérissé.

Cette réunion permettra d’évoquer les guerres de religion, les violences terribles qui les émaillèrent, l’intolérance religieuse… Nous pourrons voir les fractures existant au sein de chaque camp (en l’occurrence ici les Protestants), entre ceux qui rejettent la violence et ceux qui s’y complaisent et voir comment on peut basculer de convictions tout à fait respectables à l’intolérance criminelle.

Cette dimension peut évidemment entrer en résonance avec des événements contemporains. En évitant de tomber dans l’anachronisme, ce rapprochement constitue un des éléments ayant présidé au choix de l’histoire…

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 12:16

Un corps dans le ruisseau

La progression vers la « Pierre Tournante » était difficile. Il fallait patauger dans un pré humide, franchir deux fois le même ruisseau. Le maréchal des logis Rouillard, suivi de deux de ses gendarmes, fouettait les hautes herbes avec le fourreau de son épée. Conquérant. Simonin Guiochet s’amusait de voir le docteur Delacourt tenter vainement de préserver le cuir fauve de ses bottes. Il n’y avait pourtant pas de quoi se réjouir. D’après les explications confuses du paysan qui les avait alertés, une femme serait morte, noyée dans le ruisseau, près de la Pierre.

La femme du paysan les attendait. Dès qu’elle les vit arriver, elle commença ses jérémiades. Des « quel malheur ! » répétés d’une voix plaintive, exaspérante, rythmés par des signes de croix compulsifs. En réalité, elle comptait bien, grâce à ce rôle de pleureuse, qu’on n’allait pas l’éloigner quand on sortirait le corps de l’eau.

Rouillard faisait l’important : « ne touchez à rien ! ». Delacourt, vexé lui demanda s’il pouvait, lui, s’approcher. Simonin guettait la chute brutale de la prétention du militaire. Le menton recula. Les épaules s’affaissèrent. Et la veulerie du regard compléta le tableau. « Je ne parlais pas pour vous docteur, évidemment ». Simonin en conclut, qu’en tant que premier magistrat de la commune, il n’avait pas plus d’importance que les deux paysans. L’habitude se dit-il en soupirant.

Il se plaça, néanmoins, de façon à voir, en détail, le déroulement des opérations. Un des gendarmes descendit dans le ruisseau et retourna le corps. Le Maire dut s’appuyer sur la roche. La femme était jeune, encore belle. De lourds cheveux mouillés encadraient un visage blême. Il fut brutalement renvoyé à son propre drame. Et il dut faire un violent effort pour continuer son observation.

La Pierre Tournante…
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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 12:11

La famille Ruault

Une famille de meuniers jouera, elle aussi, un rôle important dans le roman. Une petite étude sur le Moulin du Pré, qui a pu être lue sur le blog dans la rubrique « échanges », m’a donné l’idée de situer les exactions des Huguenots vers cet endroit, à proximité du Champ des Martyrs.

Dans la trame initiale du roman, une jeune fille, membre de cette famille, se retrouvera au centre des ravages qui abîmèrent le bas de la ville, en dehors des fortifications. Il me fallait trouver une situation permettant la rencontre de Jean, fils de bourgeois, avec la fille du meunier, de milieu beaucoup plus modeste.

Le lieu de la rencontre sera donc ce moulin. Au cours de la rédaction de ce chapitre, il me parut évident que la fille du meunier devait avoir une personnalité particulière. Bien qu’il n’était pas question de parler d’autisme à cette époque, c’est dans ce trouble psychique que je suis allé chercher les caractéristiques psychologiques du fonctionnement de Marie-Madeleine, belle, naturellement, mais aussi étrange. Tout ce qu’il fallait pour intéresser Jean, grand adolescent confronté à des passions naissantes.

Le Champ des Martyrs…
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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 11:10
La Pierre Tournante…

Les ambitions du docteur

Etre bien avec tous les notables. Fréquenter l’église et son curé. Flatter la clientèle : on devait dire de lui « il n’est pas fier ». Remplacer le gringalet de Maire qu’il avait immédiatement méprisé. Ecraser ses confrères vieillissants par son savoir et briguer la présidence de leur association départementale. Il était sur la bonne voie. Il soignait même gratuitement quelques indigents que le curé lui recommandait.

Tout se déroulait comme prévu. Une seule inquiétude cependant. Vite dissipée, mais qui pouvait resurgir à tout moment. Ses conquêtes féminines. Il les considérait justifiées par le manque d’entrain de sa femme. Aucun remords, donc, de ce côté-là. Les jeunes paysannes délurées ne lui avaient, jusqu’à présent, donné aucun souci. Les notables non plus. Trop attachées à leur situation matérielle et pour certaines, réellement contraintes par la religion. Mais il y en eut une, tout de même, qui avait bien failli provoquer le scandale. La peur l’avait un temps freiné. Mais, bien vite, il avait repris ses habitudes. Sans douter que, finalement, il était le plus fort.

Il pensait à tout cela, ce mercredi, en demandant à sa jeune patiente de se rhabiller. Il entendit du bruit dans la cour. La domestique vint le prévenir que le maréchal des logis Rouillard voulait le voir dans l’instant.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 11:02
Le Champ des Martyrs…
Le Champ des Martyrs…

Le couvent

Jean fait ses études secondaires dans un couvent à Gorron.

Nous avons vu qu’il existait bien un couvent à Gorron, détruit lors des ravages exécutés par les Huguenots de Domfront. Il se situait dans le quartier de la Pierre-Pichard. J’ai imaginé que l’établissement pouvait correspondre à la maison (ancienne ferme) située au-dessus du plan d’eau. La base de ce qui a pu être une tour est toujours visible (voir illustration). Jean, dans le roman, se réfugie souvent dans cette tour.

En ce qui concerne ses études, une information envoyée par un lecteur du blog (René D.) m’a permis d’imaginer le passage de Jean dans cet établissement à l’instar d’un certain Nicolas.

« Nicolas de Gorron, fit ses études au couvent des Dominicains de sa ville natale, Gorron en Mayenne. Ses aptitudes le menèrent au couvent des Dominicains de la rue Saint-Jacques à Paris, dont il devint prieur. Il est par la suite nommé confesseur du futur Philippe le Bel par le roi Philippe III son père. »

Pierre, un jeune religieux, professeur de philosophie (clandestinement favorable aux idées de la Réforme), jouera un rôle important auprès de Jean.

Le Champ des Martyrs…
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