La meilleure défense…
Bizarrement, dès qu’il fut sorti de la maison, tout trouble, toute perte de contrôle avaient disparu. Il devait pourtant s’attendre à des suites désagréables. Mais, déjà, il projetait quelques défenses plutôt bien structurées. La mère alla porter plainte chez le maréchal des logis Rouillard. Prudent, celui-ci en référa au Maire, Auguste, père de l’offensée.
C’est ainsi qu’Hyppolite se trouva, à la gendarmerie, en présence des deux hommes. Et il put mettre à exécution un plan mûrement réfléchi. Il parla tout d’abord à Auguste de sa propre fille. Il lui brossa, en quelques mots, le portrait d’une névrosée à tendance nymphomane qui, malgré sa résistance, l’avait attiré chez elle pour lui faire des propositions qu’on pouvait considérer comme malhonnêtes. Vexée par sa résistance, elle avait alors monté un piège machiavélique dont sa pauvre fillette avait elle-même fait les frais. Jamais il n’avait pensé à mal en soignant cette enfant atteinte d’une irritation mal placée. Auguste ne croyait sans doute pas un mot de l’histoire pourtant développée d’un air particulièrement convaincant. Mais, en notable avisé, il comprit tout de suite les désastres qu’elle pouvait entraîner si elle circulait dans le village. Il accepta d’autant mieux la version du médecin qu’il n’était pas totalement ignorant des travers de sa fille.
Hyppolite sut qu’il n’avait plus grand chose à craindre de ce côté. Il se tourna alors vers le maréchal des logis. Il lui demanda, en toute candeur, ce qu’il pensait de l’affaire en soulignant les dégâts que pouvaient causer la calomnie. Il le prit à témoin en lui rappelant sa propre histoire avec la jeune ouvrière. Le gendarme s’empourpra, fit quelques moulinets, bomba le torse, puis capitula piteusement.
Hyppolite aimait ces moments - là. Personne n’était dupe mais tout le monde donnait le change, empêtré dans de sombres contradictions. Cette fois-ci, allait-il pouvoir encore s’en sortir et en éprouvant le même plaisir ? Il avait complètement oublié Gaspard qui continuait à s’agiter et à transpirer. Une seule chose lui occupait l’esprit désormais : le petit Guiochet. Comment allait-il pouvoir le manœuvrer celui-là ? La liaison qu’il avait eue avec sa femme – il sourit en pensant qu’il aimait décidément les filles Péan - lui avait appris pas mal de choses sur l’ancien instituteur. La partie pourrait être rude. Finalement, ça l’excitait.