L’auteur vient d’obtenir le prix Goncourt. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il me semble bien mérité. S’il sacrifie à la mode actuelle de revenir sur sa généalogie familiale, il s’en écarte sensiblement. Il est bien question de générations passées, mais il ne prétend pas à un travail complet de généalogie. Il s’appuie sur une mémoire parcellaire, le revendique pour solliciter l’imaginaire.
Et puis, surtout, il y a tout le talent de l’écrivain. Un style personnel dans lequel de longues phrases sont ponctuées de brefs arrêt puis de reprises. Le récit est dense. La psychologie des personnages finement étudiée. Les relations intrafamiliales, notamment celles mère/fille font preuve d’un travail d’écriture remarquable. Tout cela dans un cadre où une maison, un piano, une commode abimée occupent une grande place…
Si les 744 pages peuvent faire un peu peur, je peux témoigner qu’une fois entré dans le récit, on ne peut le quitter.
Dernier opus d’une trilogie remarquable. On y retrouve la nature, sa beauté, sa fragilité, sa nécessaire défense… La langue de l’autrice avec sa dimension canadienne est toujours autant envoûtante. Elle a le talent pour plonger le lecteur dans ce monde de beauté et d’engagement qui peut faire rêver. Mais ce qui domine dans ce troisième livre, ce sont les relations entre les êtres. Que ce soit un arbre vénérable, une chienne croisée coyote, la relation amoureuse entre deux femmes et un homme. La force, la faiblesse et surtout l’authenticité.
Il y a différentes sortes d’auteurs. Ceux qui explicitent et ceux qui suggèrent. Ceux qui plongent le lecteur dans une émotion collante et larmoyante et ceux qui le touche au plus profond grâce à des situations des actions qui déclenchent ces émotions sans les surligner. Gabrielle Filteau-Chiba se range plutôt dans la seconde catégorie.
Elle réalise là un roman au centre duquel la sensualité au sens large du terme est envahissante. Une belle littérature.
J’ai découvert cet auteur par son deuxième roman : « Une promesse ». Il réussissait dans ce livre à faire passer une émotion très forte sans « poisser » le texte. Une expression qu’il utilise dans ses critiques de films. Lors d’une rencontre je lui ai demandé comment il faisait pour aboutir à ce résultat. Il m’expliqua alors qu’il fallait contourner l’émotion elle-même et la faire émerger en parlant d’autre chose. Depuis quelque temps, déjà, j’ai l’impression qu’il fait tout le contraire. Il souligne, explique et le charme ne fonctionne plus (pour moi tout du moins).
La première partie du « livre de Kells » ne m’a pas passionné. L’errance du jeune à la rue dans Paris, son expérience du LSD, par exemple, m’a paru plutôt lourde. La seconde partie, son entrée chez les Maos en 1970, m’intéressait beaucoup plus. Mais les aventures d’une poignée de « militaro débiles », les personnages caricaturaux, m’ont paru effleurer seulement ce qui aurait pu être central dans le livre. Quant au narrateur, le « violent au grand cœur » me parait désormais l’archétype du héros pour Chalandon. Il nous a déjà fait le coup avec « l’enragé ». Il finit par me fatiguer.
Un personnage remarquable : un géographe connu et reconnu mondialement par la communauté scientifique. Et, en même temps, d’une intégrité personnelle totale. Mettre ses actes en accord avec ses idées l’a amené à combattre avec les Communards de la Commune de Paris. Il a connu la prison, la mise à l’écart de l’Université et au bout de sa vie a demandé à être inhumé dans une fosse commune. N'essayant pas de se faire passer pour un saint, refusant de se faire dominer par un quelconque maître mais, en même temps, de soumettre quiconque à sa volonté, il a connu une vie fascinante faite de voyages, d’observations, de rencontres des autres.
Ce qui m’a aussi passionné dans cette biographie, c’est sa famille. L’enseignement y occupe une grande place. Ce n’est pas étonnant que sa cousine Pauline Kergomard ait joué un grand rôle dans la création des classes maternelles en France. Pour ceux qui ne voit dans l’anarchie que la violence et le chaos, je conseillerais d’aller voir ce qui est à la base de l’engagement politique d’Elisée Reclus.
Relecture d’un livre sorti en 1980. La vie d’un enfant, fils d’un métayer et d’une nourrice, un milieu paysan parmi les plus pauvres dans la France de la fin du 19ème siècle. Pour ceux qui pensent encore que c’était mieux avant, je conseille cette lecture. De même pour ceux qui pensent que quand on veut on peut. Toinou, enfant intelligent et volontaire a manifestement beaucoup moins de chance dans la vie que les garçons de familles bourgeoises. Autre enseignement pouvant être tiré de ce livre : le comportement douteux de l’Eglise, notamment dans l’enseignement.
Mais, au-delà de cette dimension historique, la qualité de l’écriture, l’humour, l’auto-dérision rendent la lecture de ce texte savoureuse. C’était l’époque de la mode des récits témoignages de la vie passée à l’image du « Cheval d’orgueil » de Pierre Jakez Hélias. Antoine Sylvestre me paraît un peu plus réaliste. La dureté de la vie de ces petits paysans très pauvres qui n’est pas toujours compensée par les valeurs des anciens que souvent on idéalise me semble mieux bien analysée.
Deuxième opus d’un triptyque qui nous replonge dans la neige et les forêts canadiennes. A nouveau une narratrice vivant seule dans une roulotte isolée au plus près de la nature, à l’écart d’une société qui lui déplaît, dans laquelle la violence et le non-respect de la faune et la flore l’exaspère.
Cette fois, le prédateur est bien identifié. Un braconnier qui ne respecte rien, femmes et animaux notamment. Raphaëlle, garde forestière, est directement confrontée à cet archétype du mâle blanc, tout ce qu’elle déteste. Le lecteur assiste à une confrontation aussi sauvage que la nature où elle se déroule.
On pourrait avoir affaire à un habille thriller. Mais le style, les remarquables descriptions, la relation de la narratrice avec une autre femme, elle aussi confrontée à un monde hostile et un vieil homme qui rachète la violence masculine, tout cela va bien au-delà d’un simple suspens agréable pour le lecteur.
Dans le premier opus, « encabanée », j’avais déjà été séduit par la langue de l’autrice. Je l’ai retrouvée avec autant de plaisir dans celui-ci.
Les commémorations de l’armistice du 11 novembre 1918 m’ont toujours posé problème. Surtout quand on demande aux enseignants d’y assister avec leurs élèves.
Notamment quand une messe y est intégrée. L’Eglise, à l’époque, tenait un discours en désaccord complet avec le message de son Dieu qui aurait dû condamner la folie des hommes au lieu de les encourager à s’entretuer. « Gott mit uns », « Dieu avec nous » était inscrit sur les boucles de ceinturon des soldats allemands ; on bénissait les soldats français quand ils montaient au front…
Mais aussi quand on veut faire passer les pauvres « poilus » pour des héros. J’ai compté 127 Gorronnais morts dans mon livret « Les Gorronnais morts pendant la guerre 1914 – 1918 ». Je pense que la majorité de ces jeunes hommes étaient plus des victimes que des héros. Les monuments aux morts dénonçant la guerre ont été voués aux gémonies. Ils me paraissent plus dignes que les drapeaux et les fanfares. Ne pas oublier ces pauvres soldats, tout à fait d’accord. Les honorer, je suis le premier à le faire. Mais, comme disait Brassens, « la musique qui marche au pas ne m’intéresse pas »…
Un bon vieux polar de 450 pages. Tous les ingrédients sont présents. Des meurtres abominables, des policiers cabossés par la vie mais courageux, prêts à sauver la veuve et l’orphelin. La nuit noire, pluvieuse, avec un peu de neige fondue. Une intrigue compliquée qui peu à peu se décante et un dénouement pas toujours à la hauteur du suspens entretenu grâce à des chapitres courts ponctués de rebondissements.
J’ai lu ce livre parce que l’histoire se déroulait dans le milieu psychiatrique : une unité particulière s’occupant de schizophrènes dangereux ayant commis des crimes. Je ne sais pas si la base scientifique de l’intrigue peut être crédible mais cela m’a parfois paru un peu tiré par les cheveux. Et le dénouement est plutôt décevant.
En conclusion, les amateurs ne seront pas déçus. L’auteur ne se moque pas du monde. Il y a du travail derrière. Mais je ne pense pas renouveler l’expérience.
« La nuit de noces - une histoire de l’intimité conjugale » (Aïcha Limbanda)
Un thème rarement abordé en histoire qui, pourtant, illustre bien la condition féminine, notamment au 19ème siècle. Soumise au chef de famille, la jeune femme se retrouve alors à l’entière disposition de son mari. Le plus souvent ignorante de la sexualité et de la réalité des relations hommes/femmes, la découverte, lors de cette nuit, peut être traumatisante.
Les sources utilisées par l’historienne peuvent fausser les représentations de la nuit de noces puisqu’elles se rapportent aux demandes d’annulation de mariage. Il n’empêche que ce qui peut en être dit à la jeune épouse ne lui permet pas de s’y préparer. De la part de la famille et de l’Eglise, on l’engage à accepter tout ce qui lui demande son mari. Ce qu’on peut en dire publiquement est caricatural, voire grivois. Il est vraisemblable que pour beaucoup d’entre-elles il vaut mieux taire toute déception, voire souffrance, pour rester dans la norme.
Issu d’une thèse, l’ouvrage est sérieux, scientifique et de ce fait parfois répétitif.
Pour ceux qui veulent connaitre l’histoire d’Elisabeth dite Betsy, ils peuvent lire les vingt dernières pages du livre. Mais ils perdraient l’essentiel de cet ouvrage dense et très intéressant. Plusieurs thèmes se croisent. Les témoignages des proches de Betsy avec le problème de la mémoire, approximations volontaires ou non. Les lettres entre Betsy et son mari avec les interrogations de l’autrice elle-même, ses propres problèmes personnels sur l’hérédité ou non de la maladie mentale de son arrière-grand-mère. Les réflexions sur le statut des malades mentaux et leurs traitements, notamment la lobotomie.
Cette approche multidimensionnelle donne au livre des colorations diverses : recherches sur l’histoire familiale et la sociologie de la maladie mentale. Auto-analyse de la part de l’autrice. On a parfois l’impression d’être entre le roman et le récit, voire l’essai. Au total un ensemble qui peut parfois dérouter, avec l’impression de redites. Mais, globalement un travail d’écriture remarquable.
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Principalement axé sur l'histoire locale (ville de Gorron), ce blog permettra de suivre régulièrement l'avancée des travaux réalisés autour de ce thème.
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