La fête des mères est reprise par l’Etat français de Vichy pendant l’occupation allemande. Le pouvoir d’alors voulait valoriser la famille traditionnelle, la maternité dans le cadre de sa devise : travail, famille patrie. Pour cela, les mairies et les écoles devaient organiser des cérémonies officielles.
A Gorron, le maire, contrairement au curé « tient à réserver à cette fête un caractère de simplicité ». Ce dernier le regrette. Il parle de « désordre moral autant que matériel ». Il évoque le Maréchal « qui a grandement raison » de donner un grand éclat à cette fête et au « relèvement de la France ».
Le curé écrit au maire pour lui faire connaître son avis « absolument contraire » et l’organisation d’une séance au cours de laquelle « les bonnes mères de famille seront félicitées et encouragées », obéissant ainsi « aux désirs de mon évêque ».
On voit ici où se situait politiquement la cure à l’époque.
A la suite de la création d’un club de football dont il a été question sur le blog il y a peu, la municipalité de Gorron, en 1941, élabore un projet de création d’un terrain de sports et demande une subvention à la Préfecture.
Ce projet est à l’origine des complexes sportifs (Lucien Dollé et Maurice Dufour) actuels, situés route de Brecé. A l’époque, il n’existait pas de terrain sportif, notamment pour les élèves des écoles. Ils pourront donc utiliser ce terrain ainsi que les joueurs de football (une cinquantaine de jeunes gens de 14 à 25 ans).
La réalisation de ce terrain (ainsi que de la piscine) a donc commencé pendant l’occupation. On dit souvent que ce sont des prisonniers allemands qui ont réalisé le complexe sportif. Ils y ont sans doute contribué après la Libération mais les travaux ont commencé bien avant.
Il n’y a pas d’élections municipales pendant l’occupation allemande de la France. En 1940/1941, les conseils municipaux sont dissous. Les maires et les conseillers municipaux sont désormais nommés par les préfets.
Dans le document ci-joint, le préfet annonce au maire de Gorron (Lucien Dollé) qu’il est maintenu dans ses fonctions. On lui demande de présenter les candidats à la fonction de conseiller municipal en donnant son « appréciation personnelle sur (leurs) mérites ».
Ces listes doivent comprendre obligatoirement : un père de famille nombreuses, une femme qualifiée pour s’occuper des œuvres privées d’assistance et de bienfaisance nationales, un représentant des groupements professionnels de travailleurs, un nombre de prisonniers dans la proportion d’un quart environ…
C’est en décembre 1940 qu’est créé le FCG, réunissant le club de la Jeanne d’Arc et celui de l’Union Sportive Gorronnaise. La France est occupée par les Allemands, c’est pourquoi le Préfet précise que les statuts « resteront officieux jusqu’au moment où l’autorité allemande permettra la reconnaissance officielle ».
Dans la lettre du Préfet, il est aussi question d’une demande de subvention pour « agencement d’un terrain ». Il s’agit du début du complexe sportif actuel dans lequel sera creusé une piscine. Les statuts du nouveau club sont très stricts. « Les membres actifs s’engagent à assister à toutes ces réunions …/… toute absence non justifiée est passible d’une amende de 1 franc ».
Les statuts sont signés par le président Lucien Dollé, maire et le vice-président, l’abbé Betton.
Deux courriers au maire : l’un d’une femme qui se défend d’avoir « fréquenté » un soldat allemand et l’autre d’une femme qui a été agressée par deux soldats allemands auxquels elle a pu échapper « en pleurant et criant ».
Les relations entre les occupants et les femmes françaises ont été le sujet de beaucoup de soupçons, de dénonciations : médisances ou calomnies ? Qu’il ait pu y avoir des histoires de ce genre est vraisemblable. Quelle était leur fréquence, nul ne peut le dire.
Mais ce qui s’est passé à la Libération avec la tonte de femmes traitées avec violence par des résistants de la dernière heure montre que ce phénomène a nourri pas mal de haine et de vengeance pas toujours justifiées par des faits avérés.
Le 19 avril 1939, le Sous-Préfet de Mayenne exigeait du maire de Gorron de ne pas « apposer » ou « diffuser » les affiches appelant à aider les réfugiés républicains Espagnols poussés hors d’Espagne par Franco à l’issue de la guerre civile.
La France qui n’a pas soutenu les Républicains dans leur combat contre les « fascistes » ne favorise pas l’accueil des réfugiés Espagnols. On les enferma dans des camps improvisés aux conditions de vie déplorables en termes d’abris, de nourriture, de soins.
Des Français, par contre, ont essayé de défendre la République espagnole en allant combattre à leur côté puis en accueillant humainement les vaincus. Le pouvoir ne se contentait pas d’accueillir les réfugiés de manière indigne, il empêchait ceux qui voulaient leur venir en aide d’appeler à un « droit d’asile », sur tout le territoire, comme le montre le courrier du Sous-Préfet.
Deux associations sportives concurrentes existaient à Gorron avant 1940 : La Jeanne d’Arc, association paroissiale et l’Union Sportive Gorronnaise. Le document ci-dessous nous apprend que cette dernière devait être inscrite à la Fédération Départementales des Œuvres Laïques. Nous avions donc bien à l’époque une division dans les domaines sportifs et éducatifs entre les actions confessionnelles et les actions laïques.
Un premier rapprochement eut lieu au niveau du football avec la création du Football Club Gorronnais qui réunit les équipes de la Jeanne d’Arc et de l’Union Sportive. Mais la concurrence perdura sur les mêmes bases entre la Jeanne D’arc et l’Amicale Laïque Gorronnaise.
La création de l’Association Sportive Gorronnaise en 1975 avait l’ambition de réunir toutes les sections sportives. Mais l’Amicale Laïque garda son indépendance en créant des sections non présentes dans l’ASG. Sauf en ce qui concerne le tennis de table pendant de longues années.
En 1938, M. Desmoires « ancien combattant, blessé de guerre et père de sept enfants » demande l’autorisation d’ouvrir une fabrique de chaussures à Gorron (rue de Normandie). Il succèderait alors à M. Lefeuvre qui a exercé de 1935 à 1937.
M. Gauthier, industriel métallurgiste ayant ouvert une usine en 1937 rue Jean-Jacques Garnier, fabriquant notamment de enveloppes de grenades et des tuyaux de masques à gaz pour la défense nationale, proteste contre cette ouverture qui risquerait de le priver de main d d’œuvre. L’usine emploie une centaine d’ouvriers et compte en embaucher une soixantaine. Il se plaint au niveau du maire.
Ce dernier fait état des nombreux chômeurs dans les fabriques de chaussures et regrette les accusations de M. Gauthier qui parle de « sourde démagogie » et de favoritisme en faveur de M. Desmoires du fait de sa « couleur politique ».
Différend entre le maire M. Goussin (1936/1937) et un conseiller municipal.
Le 30 novembre 1937, Joseph Pottier, ancien maire de Gorron (1930/1936), démissionne du conseil municipal : les suites d’un conflit concernant le dépôt des « boues » (balayage des rues) sur le Champ de foire.
M. Pottier avait déjà démissionné de son poste de maire en 1936 et avait été remplacé par Eugène Goussin. Cette fois, il justifie sa démission : « Ne pouvant suivre le conseil municipal de Gorron dans la voie où il s’est engagé… » qu’il envoie au Sous-Préfet.
Un article ayant paru dans l’Ouest journal à ce sujet, M. Goussin ayant été mis en cause écrit au directeur du journal pour une réponse aux accusations de M. Pottier. On voit que les relations pouvaient aussi être orageuses à cette époque.
Mandat de Lucien Dollé, maire de Gorron (1938/1948)
Les relations entre la municipalité de Gorron et la cure (curé Chaudet 1919/1945) n’a pas toujours été simples. La réponse du maire à une invitation de la part du curé pour la réception officielle de l’évêque à Gorron nous en donne une idée.
Le maire est absent le jour de cette réception car il sera au congrès des maires de France. La majeure partie du conseil municipal ne voit pas l’utilité de cette réception à la mairie pas plus que leur place à la tribune d’honneur.
Mais surtout, il est aussi question des attaques sournoises dont j’ai été l’objet ainsi que mes amis et collaborateurs par la cure et les amis de cette dernière. Et la réponse se termine, malgré la formule de politesse traditionnelle, par une illustration de la nature peu chaleureuse de la relation entre le maire et le curé : il vaut mieux, monsieur le Doyen, que nous restions, vous et moi, à notre place.
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