Tout s’écroule…
C’est à ce moment précis que tout s’écroula. Un bruit étrange de bête en fureur, dérangée, parcourut les remparts végétaux, inextricables et épineux. Puis il y eut les vagues malmenant ronces et broussailles. Je crus un moment que les occupants avaient découvert le camp. Que le soldat lâchement épargné m’avait suivi dans ma déroute honteuse. Qu’avec une troupe hostile, il venait m’arrêter, me tuer peut-être. Curieusement, Claudine n’était pas affolée. Elle avait compris. Elle ne dit pas un mot quand Roger émergea, bras et visage écorchés, dans une fureur que je n’aurais pu imaginer. Je crus qu’il allait nous frapper. Et je levais le bras pour piteusement me protéger comme un enfant battu. Mais Roger s’acharnait sur la minuscule cabane. Il dégageait violemment l’entrée des deux souterrains reliant la clairière à la cache et à l’arbre creux. On aurait dit qu’il voulait fouailler, ouvrir, mettre brutalement à jour. Faire disparaître toutes ces défenses derrière lesquelles je m’étais protégé.
J’essayai, par les mots, de le calmer, ne comprenant rien au geste de la main que Claudine m’adressait. Roger s’arrêta, brutalement, et me fit face. Et cela commença par mon orgueil, ma prétention, mon égoïsme. Tout était faux en moi. Ma gentillesse, mon souci et mon respect de l’autre n’étaient qu’un masque destiné à manipuler. Quant à ma fameuse volonté, mon soi-disant courage, il couvrait une profonde lâcheté. De ces lâchetés physiques qui dégradent et peuvent entraîner les pires trahisons.
Puis, désespérément, il reprit sa destruction rageuse. Cela dura longtemps. Jusqu’au moment où je vis comme le bout d’un tunnel épouvantable ouvrant sur l’axe central du Taillis. Et j’étais fasciné par cette clarté, envahi par la vague sensation d’un écoulement, d’une impuissance à retenir quelque chose d’essentiel qui lentement me quittait. Je fixais cette trouée, sidéré. Il fallut les bras enveloppant de Claudine pour qu’enfin je puisse réagir.




