L’humiliation de Gaspard
En mettant pied à terre, il jeta un coup d’œil par la fenêtre à demi arrachée. Il connaissait bien la bouffée de chaleur qui l’envahit. Les bras levés, la fille se frottait les cheveux. Les seins tendaient la blouse. Gaspard attendit un peu, ne sentant plus la pluie. Il put voir un mollet, et peut-être même un peu plus haut, quand les chaussures furent enlevées.
Il entra alors, la main sur le pommeau de l’épée. C’était bien elle, la petite, effrayée par le cheval, qui l’avait mis dans un état d’excitation qu’il connaissait à nouveau. Elle poussa un cri, reculant vers le fond de la grange. La chute sur le dos découvrit les jambes sans chaussures. Ensuite, il y eut des mots rassurants, des tentatives de caresses. Puis, devant les refus, et surtout l’affolement, Gaspard passa aux menaces et utilisa la force.
La fille était plus jeune qu’il ne l’avait cru. Il était fasciné par la poitrine si menue, si ferme. Et les effets du froid sur ces pointes dressées le bouleversaient. Il ne connaissait, depuis bien longtemps, que la pesanteur et l’affaissement. Et lui qui quémandait piteusement les gros seins de nourrice que sa femme souvent lui refusait, il sentit au spectacle nouveau une puissance et une envie presque douloureuse.
Ils bataillèrent un temps. Puis la jeune fille céda. Elle enleva elle-même ce qui lui restait de vêtements. C’était bien une vraie femme. Et Gaspard sentit comme un reflux puissant. Il fixait la toison abondante. Et malgré les cuisses émouvantes, quelque chose s’interposait. L’image d’une femme mûre, aux formes molles, à la chair enveloppante.
Il fallait conclure rapidement, quelque chose s’échappait. Il enleva fébrilement ses vêtements. Dans les yeux de la fille, il ne vit plus la frayeur. Il eut même l’impression d’un fou-rire difficilement réprimé. Le regard juvénile l’explorait. Il vit ses jambes grêles, son énorme ventre poilu. Et son visage congestionné. Et, sous le ventre, il ne sentait plus rien. Il supportait mal son image. Tout était flasque, fuyant. Seules la contrainte et la peur de l’autre lui donnaient un peu de tenue. Et là, cette gamine, avec son étonnement amusé, le renvoyait brutalement à son envahissante médiocrité.