Le passage à l’acte
Jusqu’à présent, les vols, les attaques de quelques soldats isolés destinées à récupérer des armes étaient attribuées à des résistants étrangers à la commune. Des résistants qui, eux, n’hésitaient pas à faire usage de ces armes. Quand je disparus du village, on crut, avec beaucoup de surprise d’ailleurs, que j’avais rejoint un de ces groupes de résistants. Finalement, je m’aperçus que ma grande entreprise avait très rapidement sombré dans une médiocrité et une indifférence qui m’ébranlèrent. Il faut dire que de mes fidèles, il ne restait plus, depuis déjà pas mal de temps, que Claudine et Roger. Eux-mêmes ayant abandonné les chapardages et les attaques, sans véritable violence d’ailleurs, des soldats isolés. Leurs seules activités clandestines se résumaient désormais à me ravitailler. Et, comme moi-même je n’avais jamais vraiment participé concrètement à une activité de résistance, je fus un moment effrayé par l’évidence : ma grande œuvre n’avait servi à rien.
L’alternative était simple. La chute ou l’action. Ou, plus précisément, la projection de l’action. Je me mis, fébrilement, à préparer un attentat. Un vrai, cette fois. Il s’agissait de prendre une vie. Je fis plusieurs expéditions nocturnes. Depuis combien de temps n’avais-je pas quitté mon campement ? L’angoisse qui me saisit lorsque j’obstruai l’entrée de la cache me fit penser que j’étais resté isolé là pendant très longtemps, trop longtemps. J’épiais, je notais, je traçais des plans, des déplacements. Il m’arriva de rentrer précipitamment dans mon refuge. Le plaisir que j’éprouvais alors m’amena à chercher les imprudences. Je me souviens encore d’une nuit où, immobile derrière mon opercule végétal, j’entendais les pas et les voix de mes poursuivants. Ce battement énorme, cette chaleur, et la descente, le relâchement… j’eus du mal, ensuite à m’endormir dans la petite cabane aux fougères séchées.