Le réfectoire
La visite est maintenant presque terminée. Nous passons sur la « cour des filles » dont l’accès, nous l’avons vu, était très surveillé. C’est là que se situaient quelques classes préfabriquées qui compensaient à l’époque le manque de places. Mais c’est aussi là que se situait un lieu très important pour les internes : le réfectoire. Les repas étaient toujours un moment privilégié, notamment ceux du soir. Certains menus étaient attendus, d’autres redoutés. Les élèves se rangeaient par classes sous le préau. La place dans le réfectoire avait quelque chose de symbolique. En redoublant, on pouvait atteindre l’ultime place, dans l’angle du fond. Ce que convoitaient sans doute, dès l’entrée au collège, les jeunes élèves qui avaient hâte de se faire un statut. Sans compter que l’ancienneté pouvait offrir des avantages non négligeables comme l’accès au pain frais, le matin, qui, trempé dans un chocolat plus ou moins épais, pouvait rendre la journée acceptable.
Ce chocolat, dans des pichets métalliques, avait un goût particulier quand il était servi le soir, tard, après « l’alerte au feu ». Un moment attendu toute l’année, souvent annoncé à tort, qui voyait les élèves descendre bruyamment les escaliers des dortoirs, après la sonnerie de la cloche censée prévenir d’un incendie. Il fallait vraiment que la vie d’interne manquât un peu d’éclat pour qu’une manifestation aussi banale puisse susciter un tel intérêt. Sans doute parce qu’elle représentait l’imprévu dans une vie particulièrement réglée qui appelait chez certains le goût de la transgression.