Exposition du 17 et 18 mars à Gorron
La lettre de Gabriel
Avec un sang-froid étonnant, Gabriel évoque des moments de calme, de jeux, et, en même temps, des dangers continuels. Il nous parle ici de l’aviation, nouveau matériel dans cette guerre.
« Nous regardons aussi les avions qui viennent nous repérer et chercher la place de nos batteries. Inutile de tirer sur ces « taules » qui volent très haut, nous ne ferions qu’indiquer notre place. »
Il parle ensuite d’un jeu de cartes auquel il semble accorder autant d’importance qu’à ces avions.
« Nous jouons aux cartes, oui mon vieux, rien de plus intéressant qu’une manille à l’enchère dans les tranchées ! Pierre P., toujours ingénieux, a découpé du papier à lettres et sur les trente-deux petites feuilles il a crayonné artistement un jeu complet. »
Plutôt fataliste, il précise que les parties de cartes peuvent être interrompues : « au moment de couper ou de faire monter, un long sifflement nous coupe la parole et nous rejette chacun dans notre trou. », puis la partie « reprendra de plus belle ». Arrive alors cette réflexion désabusée : « Crois-tu que l’on ne se fait pas à tout, même à la misère ? »