Les relations entre Gorronnais pouvaient être tendues…
« Chicane au village – Le village de Brilhault à Gorron a été le théâtre, le 11 courant, d’une petite scène de violences comme c’est parfois le cas à cet endroit. (…) Une femme (…) ménagère y aurait giflé son voisin… »
Deux autres personnes se sont mêlées à la bagarre.
« Les gendarmes appelés à ramener l’ordre et la discipline au village de Brilhaut ont dressé procès-verbal pour coups et blessures réciproques »
« Histoire de manteau – Mme (…) a porté plainte contre sa voisine [qui] a négligé de lui rendre le manteau ». La voisine prétendant l’avoir acheté. « Le tribunal appréciera ».
Le 31 août 1940, la municipalité essaie d’aider les familles dont un des membres est prisonnier de guerre. Le maire (Lucien Dollé), informe que trois membres du conseil municipal essaieront d’obtenir des renseignements sur les prisonniers et de leur faire parvenir les secours nécessaires.
Les parents des prisonniers de Gorron voudront bien se présenter à la mairie les mercredi et samedi de 18 heures à 20 heures (heure allemande). Au moment de l’envahissement de la France, l’Allemagne n’avait pas la même heure. Elle imposa cette heure dans les territoires occupés.
Le 06 octobre 1940, on apprend que M. Armand Goussin, charpentier, rue Jean-Jacques Garnier a obtenu une belle citation à l’ordre du régiment comportant attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.
Dans l’état civil, on peut noter deux naissances dans des familles de réfugiés à Gorron : Daniel Bray, rue Bretagne et Jean Perron, rue des Sarrazins.
Un autre corps de bâtiments construits en pierre, dans la cour, destinés au travail de la rivière, entièrement pavé ou bitumé, d’une surface de 1 000 mètres carrés environ, dans lequel il existe :
Deux tonneaux de tannage … un tonneau à rincer… une pompe élévatoire d’eau
Le travail de rivière correspond à la première opération du traitement des peaux en tannerie : retirer les poils et les chairs, préparer les peaux pour le tannage proprement dit. Ces opérations utilisent l’eau : dans la tannerie Gendron, cette eau est celle d’un ruisseau affluent de la Colmont au niveau du Pont de Hercé.
Le tannage consiste à placer les peaux dans des cuves remplies d’eau et de tan (le plus souvent à l’époque un broyage d’écorces).
Quatre groupes de six cuves à brasserie… Un grand bassin ovale en briques et en ciment…
Un bassin de rivière de douze mètres cinquante centimètres de longueur, construit en ciment et constamment alimenté d’eau par un fort ruisseau…
Une grande cour dans une partie de laquelle un groupe de cinquante-quatre fosses construites en briques et en ciment…
La salle des machines où se trouve une machine à vapeur soixante HP, une dynamo et un tableau d’électricité…
Soixante HP correspond à la puissance de la machine : Horse power (cheval vapeur).
D’autres salles servant essentiellement de sèche de magasin ou d’atelier.
Au troisième, sur la cour : vaste sèche avec distribution de chaleur par aérocondenseur et tuyaux à ailettes.
Un séchoir à perches sur partie du troisième
On peut noter que le séchage des peaux est une activité essentielle dans les tanneries à l’époque. C’est vraisemblablement dans ces bâtiments que se déclencha un violent incendie dans la nuit du 15 février 1907 : les ateliers et les magasins de réserves ont été complètement détruits… probablement à la suite de l’explosion de la machine à vapeur.
Les différents traitements des peaux sont nombreux et complexes voir le site « les étapes de fabrication du cuir ». La description des salles spécialisée décrites dans l’article nous permettra d’aborder certains de ces traitements
Les espaces spécialisés
Une salle de lissage « dans laquelle se trouvent deux metteuses au vent Allard actionnées par deux dynamos »
Le lissage ou satinage est destiné à rendre le cuir lisse et brillant. Il est réalisé par frottement d’un cylindre de verre ou d’agate sur la fleur ou par pressage du cuir contre une plaque chauffée.
Les metteuses au vent
Les peaux sont suspendues pour le séchage soit à l’air libre dans des greniers, soit en étuve équipée d’un système de ventilation d’air chaud ou sur des cylindres chauffants. Les peaux ainsi séchées sont raides.
Les dynamos : Machines qui transforment une énergie mécanique en énergie électrique.
La tannerie, pour une part tout du moins, fabriquait son électricité.
Premier lot : une usine de tannerie et corroierie d’une superficie de quatre mille mètres carrés.
Un principal corps de bâtiment ayant façade sur la route (route de Saint-Denis-de-Gastines/Ernée) avec, côté cour, un rez-de-chaussée et un premier étage.
Un corps de bâtiment construit en pierres dans la cour entièrement pavé ou bitumé d’une surface de mille mètres carrés environ.
Un autre bâtiment joignant le précédent d’une surface approximative de quatre-vingts mètres carrés avec grenier au-dessus.
Un bâtiment construit en pierre et brique et couvert d’ardoise.
Une grande cour dans une partie de laquelle un groupe de cinquante-quatre fosses construites en brique et en ciment.
Deuxième lot
Un bâtiment en bordure de la route de Gorron à Fougères séparé du principal corps de bâtiments par un jardin appartenant à madame Pascal Gendron, construit en pierre et en bois.
En retour d’équerre à ce bâtiment, un autre bâtiment à deux étages, une cour et un hangar.
Ce bref descriptif nous donne une idée de l’importance de la vente. Nous verrons, les semaines prochaines, les principales fonctions de ces bâtiments.
A la suite des articles sur l’escalier fabriqué par les frères Chantepie, M. Marquer nous a envoyé un article de journal (août 1911) concernant la vente de la tannerie Gendron. Il nous permettra d’avoir une vue plus précise de cette entreprise dont nous avons souvent parlé sur le blog.
« Les immeubles sont situés à Gorron, quartier du Pont-d’Hercé, route de Fougères au carrefour des routes de Gorron à Hercé et Fougèresetde Gorron et de Saint-Denis-de- Gastines, en bordure du chemin de fer départemental de Mayenne à Landivy et à proximité de la gare de Gorron ».
Ils correspondent aux cartes postales ci-jointes.
En 1911, on retrouve sur les listes de recensement rue de Bretagne, les familles :
Pierre Gendron, patron tanneur, sa femme Jenny et leur fils Maurice.
Constant Gendron, patron saleur, sa femme Ernestine et leurs enfants : Marie-Louise, Pascal.
Les souvenirs d’Alain… (extrait de son ouvrage : « Epaves d’écrits » (Alain Bohuon, mars 2019)
C’est au mois de février 1957 que la profession de mon père nous a amenés à Gorron. A cette époque de l’année, il ne pouvait être question d’aller à la piscine, personne n’y aurait songé et, d’ailleurs, nous ignorions bien qu’il pût en exister une à Gorron. Toutefois, dès les premiers beaux jours revenus, mes nouveaux copains m’entrainèrent sur une rive de la Colmont que je ne connaissais pas encore, à la sortie de la ville sur la route de Mayenne. C’est ainsi que je me retrouvais au bord de leur fameuse ‘’piscine’’… Je n’en avais jamais vu de pareilles mais, à la réflexion, je me demande si j’avais déjà vu une piscine. Celle-là était aménagée sur le cours même de la rivière et au grand air. Certes, l’eau était un peu sombre et le chauffage faisait cruellement défaut mais n’était-il pas fabuleux d’avoir une piscine dans laquelle on pouvait nager à contre-courant ? A l’extrémité des structures de ciment qui la délimitaient, une brèche faisait une cascade au creux de laquelle on pêchait le goujon et le gardon. Ah! Oui, vraiment il n’y avait qu’à Gorron qu’il existait un tel bassin. On m’avait bien dit, et cela rendait encore la chose d’autant plus mystérieuse, qu’elle avait été construite par les allemands à la fin de la guerre. Dans la petite tête de mes 9 ans, je me disais que c’était une chose singulière que d’avoir fait venir des étrangers pour construire une piscine à Gorron…Cette même année 1957, j’allais encore découvrir qu’elle recélait des particularités que probablement j’ai été le seul à apprécier. Parfois, à Gorron en été, il pouvait pleuvoir. Or, on n’était pas allé jusqu’à la doter d’un toit amovible comme cela peut se faire aujourd’hui. Mais il y avait tout de même des cabines ; je les revois, fermées d’une porte en tôle de couleur rouille (ou peut-être un peu rouillées). On pouvait s’y abriter, enfin quelques-uns, les anciens, ceux qui étaient de vrais gorronnais, il n’y avait pas toujours assez de place pour faire entrer le nouveau, celui qui venait de Châteaubriant. Alors, je restais de l’autre côté de la porte qu’on refermait devant moi. Ils devaient bien être trois ou quatre à pouvoir se mettre ainsi à l’abri de l’ondée, tandis que je me protégeais plus modestement sous les feuilles du platane tout à proximité. Ceux-là s’appelaient Bernard, Coco, Lulu ou Maurice… Ils riaient, se racontaient leurs exploits, réels ou inventés, et même, un jour, il en est un qui se mit à chanter… C’était très étonnant, la combinaison de la pierre et du métal qui amplifiait le son, lui faisait de l’écho et, curieusement, ce que j’entendais flattait mon oreille de futur fan de Pavarotti. C’est ainsi que celui qui se reconnaîtra dans ces lignes, en interprétant la chanson à la mode de cette année-là, ‘’Bambino’’ que chantait Dalida, me fait dire maintenant que la prestigieuse piscine de Gorron aurait pu être aussi un grand studio d’enregistrement… Mais il est bien vrai que je suis sûrement le seul à y avoir pensé…[1]
[1] En fait, la piscine a été inaugurée en août 1943, mais après une noyade en 1952 et une qualité des eaux devenue suspecte dès 1955 et 1957, elle fut requalifiée en simple baignade gratuite « aux risques et périls des usagers. » (Blog de Jean-Claude Jouvin – 14 juillet 2013). Il n’en reste plus aujourd’hui que peu de vestiges tombant dans l’oubli.
Petit rectificatif : Eugène Chantepie, le frère de François, n’est évidemment pas né en 1970 mais en 1870.
M. Marquer, descendant de la famille Cussot/Foucher, nous apporte les précisions suivantes : « S'agissant de l’escalier Chantepie Frères, il menait aux appartements privés de ma grand-tante et marraine. Le cabinet dentaire et la salle d'attente étaient au rez-de-chaussée. Je vous envoie un courrier avec l’enveloppe de la maison Chantepie adressés à mon arrière-grand-père concernant la confection d'unescalier pour la maison de la Brimandière. Celui mentionné avec photo chez Maria Cussot est postérieur. »
Grâce à ses informations, nous savons désormais que les frères Chantepie, menuisiers, étaient associés et spécialisés dans la fabrication mécanique d’escaliers. Ils travaillaient avec des machines électriques : « … les courants électriques ne sont pas réguliers et peuvent manquer du jour au lendemain ».
Le courrier (envoyé le 14 août 1915) est adressé au soldat Edouard Cussot, mobilisé pendant la guerre, 1914/1918 dont nous avons parlé (toujours grâce à M. Marquer) lors de l’exposition annuelle (2018) réalisée à la mairie de Gorron. Greffier de justice du canton de Gorron, il est tué le 26 avril 1916 (voir article du 23 septembre 2018 sur le blog).
François Chantepie (menuisier en 1906) est né le 30 novembre 1873 à Gorron de François Chantepie, charpentier, et de Hortence Lecourt. François, le fils, se marie avec Euphrasie Drolon, le 9 mai 1898.
En 1921, nous retrouvons aussi Eugène Chantepie, menuisier, né le 25 mars 1870 à Gorron, fils du couple François Chantepie et Hortence Lecourt. Eugène se marie avec Marthe Jénissé le 4 novembre à Gorron.
Sur la plaque apposée au bas de l’escalier, on voit : Fabrique d’escaliers, Chantepie fils, à Gorron (Mayenne). Ne connaissant pas la date de fabrication de l’escalier, nous ne pouvons affirmer qui des deux frères l’a construit.
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Principalement axé sur l'histoire locale (ville de Gorron), ce blog permettra de suivre régulièrement l'avancée des travaux réalisés autour de ce thème.
Vous trouverez dans ce blog trois thèmes liés à l'histoire de la ville de Gorron. Les différents articles seront renouvelés régulièrement. Ceux qui auront été retirés sont disponibles par
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