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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 09:22

 

Le journal de Renée Largerie

 

Mercredi 25 août 1700 (3)

 

Une autre chose me préoccupe beaucoup. J’espère avoir trouvé la solution permettant d’éviter le pire. L’autre jour, j’ai retrouvé Jeanne en pleurs, réfugiée dans sa chambre au-dessus de l’écurie. Elle ne voulait rien me dire. A force de persuasion, la pauvre fille a fini par m’avouer que Jean avait voulu abuser d’elle. La chose n’est pas nouvelle. Malheureusement, les jeunes domestiques y sont souvent confrontées.

Mais, dans ma maison, jamais ! Mon mari a commencé par nier puis a reconnu un geste déplacé mais sans plus. Je crois qu’il a compris que j’étais prête à beaucoup de concessions mais pas ça et surtout pas avec Jeanne. Le soir, il a été un peu surpris de mon initiative. Je me suis installée le plus confortablement possible et je l’ai attiré à moi. Toujours pas de plaisir mais une espèce d’amusement de voir mon Jean dominé.

Je n’ai pas évoqué mes initiatives dans le confessionnal. Et pour la première fois, sans doute, j’ai éprouvé une réelle joie à garder pour moi ce que j’aurais dû avouer. Je souriais en quittant le curé avec le même amusement ressenti avec Jean. Je ne savais pas qu’on pouvait avoir du plaisir à dissimuler. Depuis toujours on m’a tant enseigné à me soumettre, à être transparente, et à ne rien cacher…

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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 09:34

Le journal de Renée Largerie

 

Mercredi 25 août 1700 (2)

 

Il va me falloir lui demander en confession. Ce qui a irrité Jean au plus haut point quand je lui ai soumis mon projet. Il n’aime guère que l’on puisse parler de ces choses-là devant un homme, fût-ce un prêtre. D’autant moins que, je ne peux le nier, les questions trop précises de notre curé sont plutôt dérangeantes. A croire qu’il n’y trouve lui-même quelques plaisirs défendus. Il existe pourtant des manuels de conseils aux confesseurs dans lesquels ce genre d’inquisition est déconseillée. Elle risque, en effet, de donner des idées aux pénitentes plutôt que de les préserver de la tentation. Sans compter l’effet qu’elle peut avoir sur le confesseur lui-même. Notre curé devrait s’en inspirer.

L’idée d’avoir un enfant me ravit. Je compte bien l’allaiter moi-même et ne pas le confier à une nourrice dans une ferme bien souvent malpropre. Je sais qu’on me le déconseillera, notamment mon mari, pour des raisons personnelles, l’allaitement nuisant au devoir conjugal, mais aussi mon père qui préconise de ne pas trop s’attacher à son bébé. Les morts en bas âge sont si fréquentes qu’il vaut mieux se préserver. Quand la première année est passée, les risques sont moins grands. Il est toujours temps, alors, d’aimer son enfant.

Une chose, tout de même, vient perturber mon plaisir. J’ai déjà assisté mon père lors d’accouchements. Le visage déformé par la douleur de la future maman m’a toujours effrayée. Certaines n’ont pas survécu. Même si le chirurgien est souvent appelé dans les moments difficiles la mortalité en couches est encore très élevée. Mais telle est la condition des femmes : le vase destiné à recueillir la semence masculine pour perpétuer l’espèce…

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:32

 

Le journal de Renée Largerie

 

Mercredi 25 août 1700

 

                Cela fait plus de deux mois que mon flux menstruel n’est pas apparu. Cette fois il n’y a guère de doute, je suis grosse. Au début, je n’y croyais guère n’ayant jamais connu ce frisson annonciateur de la fécondation. Je suis décidément de plus en plus méfiante : la parole des sœurs, que j’ai longtemps considérée comme vérité incontestable, peut être remise en cause. C’est nouveau pour moi, comme cette vie au « château » qui me convient de mieux en mieux.

                Hier, j’ai annoncé la nouvelle à Jean. Il n’a pas manifesté de joie particulière. Contrairement à Jeanne qui battait des mains. Pour cette pauvre petite, qui n’a jamais connu de vraie vie de famille, l’arrivée de ce futur bébé la comble, par procuration. Elle s’imagine déjà s’occupant d’un « frère » ou d’une « sœur ». Sa joie m’a fait plaisir à voir. Elle contrastait avec la froideur de mon mari.

                Jean semble plus préoccupé par la gêne occasionnée par ma situation nouvelle. Des théories s’affrontent. La femme doit-elle faire son devoir quand elle attend un bébé ? Les hommes de science, souvent eux-mêmes maris, affirment qu’il n’y a guère de danger, ni pour la femme ni pour le futur enfant. Il suffit pour cela de changer la position traditionnelle. Cette innovation que mon mari a essayée dès hier soir, ne me dérange guère. Je dois même dire que de ne pas sentir son souffle bestial sur mon visage me convient plutôt bien. Mais il n’est pas sûr que le curé y soit autant favorable.

 

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 09:42

 

Le journal de Renée Largerie

 

 

Mercredi 14 juillet 1700 (3)

 

Quand le vent a été calmé, avec elle, nous sommes montés vers la place des halles. Tous les charpentiers de Gorron étaient à pied d’œuvre. Le toit de l’ancienne bâtisse a été soufflé dans la nuit. Des poutres centenaires, en partie brisées, jonchaient le sol. Les maisons manables, à proximité, ont aussi subi des dégâts. Chacun s’affairait comme il le pouvait pour dégager la place et surtout couvrir les toits crevés qu’il allait falloir réparer au plus vite.

                De retour à la maison, le père Renard, effondré, regardait, désemparé, l’état des deux jardins. Il me répondit à peine quand je lui demandai si Jean était rentré. Mon mari nous attendait, inquiet de ne pas nous voir. Il nous informa que la Renardière n’avait pas souffert. Plus bas sur le coteau, le vent devait être moins fort.

                Je me souviendrai longtemps de cette nuit du 14 au 15 juillet. Et avant de me coucher, je suis remontée dans la tourelle. La nature était à nouveau apaisée. Le soleil couchant soupoudrait la vallée d’une lumière rougeâtre. Quel calme. Qui aurait pu imaginer la force déchaînée de cette nuit à ce spectacle d’une nature si accueillante entrant sans heurt dans la nuit réparatrice…

 

 

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 16:51

 

Le journal de Renée Largerie

 

Mercredi 14 juillet 1700

 

                Je n’ai rien écrit dans mon journal depuis plusieurs semaines. Ma vie, comme je le prévoyais, a trouvé son rythme avec un seul point noir, la trop robuste santé de Jean. Je pense en avoir pris mon parti et accepté ce devoir qui, décidément, n’a guère d’attrait pour moi. J’ai tenté de m’informer. En règle générale, on n’aime guère parler de ces choses. Une des religieuses, cependant, la moins au fait de cette vie intime à laquelle sa vocation lui a fait renoncer, semble très sûre de son savoir. Elle m’a rassurée. J’allais connaître ce plaisir, ce frisson qui préside à toute procréation. Toutes les femmes, à un moment ou à un autre autre, doivent le connaître à moins de rester stérile, ce qui est quand même peu fréquent. Pour l’instant, je ne semble pas prête à enfanter et je ne me préoccupe guère de l’écoulement de mon sang.

                C’est précisément pour me protéger que je me suis levée la nuit dernière. J’accueille, je dois l’avouer, avec un certain soulagement ce qui est, malgré tout, une source de gêne chez nous les femmes.  Même si j’ai un peu honte de l’écrire, ces quelques jours sans hommage de la part de Jean sont une bénédiction pour moi. L’attente craintive du premier geste redouté, cette main sur ma cuisse, perturbe ordinairement mon endormissement.

 

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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 16:18

Le journal de Renée

 

Mercredi 27 juin 1700 (3)

 

Nous avions cinq ans de différence d’âge. Je fus pour elle à la fois une mère de substitution et une grande sœur. Quand mon père lui a annoncé qu’elle serait dorénavant à mon service elle en pleura d’émotion. Elle ne comprit pas ma gêne quand je lui montrai la chambre qu’elle occuperait au-dessus de l’écurie. Je la trouve bien modeste mais Jeanne, tout à son bonheur d’avoir une vraie pièce à elle, ne cesse de m’en remercier. Je sais qu’elle m’aidera dans l’entretien de ma maison. Elle sait tout faire et tout paraît facile pour elle. Même les travaux les plus fatigants.

Il y aura, en plus, le père Renard. Un jardinier expérimenté qui viendra entretenir les deux parcelles du jardin. Là encore, avec lui, je n’ai rien à craindre. Il saura me laisser m’occuper de quelques planches de fleurs et de légumes tout en s’assurant que le reste ne soit pas envahi par les mauvaises herbes.

Finalement, ma future vie me paraît plutôt enviable. Même si je ne peux m’empêcher de repenser à cette fameuse première nuit, à ses surprises désagréables et à ce qu’elle inaugure de désagréments dans ma vie conjugale.

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 17:18

 

Mercredi 27 juin 1700 (2)

 

 

Le testament à la main, j’ai exploré tout le domaine, reconnaissant les différents éléments détaillés dans le document. La salle basse m’a paru immense. Je ne suis pas sûre que mes quelques meubles permettront de l’occuper dignement. Un escalier de pierre a été taillé dans une tourelle au sommet de laquelle on a aménagé un colombier. On y accède par une petite porte vis-à-vis de laquelle s’en trouve une autre qui descend à la cave. Grâce à cet escalier, on atteint une grande chambre prolongée d’un grenier. Contre le pignon nord de la maison, une écurie surmontée d’une petite chambre.

Je suis descendue à la cave. Impressionnante. Les voutes sont supportées par des colonnettes d’un mètre environ aux chapiteaux ornés de fleur de lys. Sur l’une d’entre-elles, on voit l’écusson de la famille de Ryantz composé de trèfles et de deux poissons dos à dos. Nous sommes ici, vraisemblablement dans la cave du donjon de l’ancienne forteresse. On retrouve cet écusson au-dessus de la petite chapelle dédiée à Saint-Michel construite par mes arrières grands parents au plus haut des jardins enclos de vielles murailles en ruines, recouvertes de lierre.

Je me plairai ici. C’est sûr. La vue sur la vallée de la Colmont est magnifique. Et quand j’aurai envie d’un retour sur moi, je descendrai à la cave ou irai me recueillir dans la chapelle. La présence de jeanne m’aidera. J’ai connu jeanne toute petite. Elle est arrivée à la Renardière avec sa mère déjà bien souffrante. La pauvre femme ne passa pas l’année et la fillette fut recueillie par les religieuses.

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 08:48

Le journal de Renée

 

Mercredi 27 juin 1700

 

« Nous voilà définitivement installés. Quand mon grand-oncle est décédé, le chapelain qui l’avait remplacé à la tête de la prestimonie du Château Saint-Michel ne souhaitait pas, pour l’instant, accueillir des résidents dans la maison. Il envisageait d’aménager les bâtiments pour y installer un couvent, voire un collège. Le projet paraissait très ambitieux et n’avait guère avancé. Dès mes fiançailles, mon père lui avait fait la demande pour qu’on occupe, mon futur mari et moi, cette maison qui, après tout, appartenait un peu à la famille.

Le testament de mes arrière-grands-parents, ceux qui ont construit la bâtisse, est encore dans les papiers de mon père. Il me l’a prêté quand on a su officiellement pouvoir occuper les locaux. Et cela fait deux jours que je ne cesse de déchiffrer l’écriture difficile de Pierre Triguel le notaire qui l’a rédigé. C’est ainsi que j’apprends que la maison a été construite et érigée en prestimonie par mon ancêtre Julien Largerie, lieutenant et inquesteur, commissaire et examinateur du baillage de Gorron, sénéchal de la châtellenie d’Yvoi et de Carelles et encore sénéchal du parc d’Avaugour en Brecé et Renée Triguel dame de l’Ecluse, l’Epine et du Pont de Hercé.

Je savais que mes ancêtres avaient joué un rôle important dans la seigneurie de Gorron et des environs mais je n’imaginais pas l’ampleur de ce rôle. Je comprends mieux maintenant le caractère imposant de leur construction sur un lieu prestigieux puisqu’il s’agissait de l’emplacement du donjon du château depuis longtemps en ruines. Sur la porte principale de la maison et sur celle de la chapelle Saint-michel érigée au haut du jardin, on trouve encore les armes de la famille de Riantz et de Blavette, propriétaires de la seigneurie. »

 

 

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 09:33

Le testament de la famille Largerie

 

Avant de poursuivre le journal de Renée Largerie, la réalité concernant la famille Largerie sur laquelle s’appuie la fiction :

Julien Margerie et Renée Triguel rédigent leur testament devant Pierre Triguel, notaire royal résidant en la paroisse d’Hercé, le 23 février 1636.

Julien Largerie est lieutenant, commissaire et examinateur du baillage de Gorron, sénéchal de la châtellenie d’Yvoi et de Carelles et encore sénéchal du parc d’Avaugour en Brecé. Renée Triguel est propriétaire de l’Ecluse, de l’Epine et du Pont de Hercé à Gorron où ils demeurent. Ils sont mariés depuis 43 ans. Julien a 66 ans, Renée 63 ans.

Ils ont fait construire une maison avec ses dépendances dans l’enclos du vieux château (sur les fondations de l’ancien donjon) avec l’autorisation des seigneurs de Gorron (de Ryantz et de Blavette à l’époque). Cette maison est encore en travaux au moment où ils décident d’en faire une prestimonie : les revenus dégagés de cette maison (location, vente…) sont destinés à un prêtre, en l’occurrence leur jeune fils Michel, 17 ans et demie à l’époque, qui doit devenir prêtre ou sous-diacre. Il devra construire une chapelle sur le domaine et verser une rente à la fabrique (qui administre les finances de l’église de Gorron).

Renée Largerie pourrait être la petite fille de Julien Largerie et de Renée Triguel.

 

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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 11:37
La Renardière

Renée Largerie

 

Journal : dimanche 24 juin 1700 (3)

 

Je n’avais jamais eu de vêtements aussi somptueux. Une longue jupe en forme de cloche soutenue par des jupons empesés, rouge sombre relevé de galons dorés. Le corselet lui-même était brodé. Les motifs orange ressortaient sur le velours noir. Mais ce dont j’étais le plus fière c’était ma coiffure. Mes cheveux longs tombaient sur mes épaules. Le bonnet, montait haut, grâce à un subtil agencement de rubans, de fleurs, de plumes même, soutenus par une discrète structure de fils métalliques. Le regard des jeunes filles qui attendaient à la porte de l’église me faisaient oublier l’angoisse de l’inconnu à laquelle j’allais être confrontée.

Jean supportait la comparaison. Avec son justaucorps jaune, sa longue veste marron et son jabot immaculé, il avait fière allure. Des chaussures plates à boucles d’argent jusqu’à la perruque à rouleaux lui couvrant les oreilles, en passant par la culotte bleu nuit et les bas de soie mauves, rien n’avait été laissé au hasard. Je crois bien que mon père lui-même était un peu ému quand il me fit entrer, à son bras, dans l’église. La cérémonie fut belle. Le curé Le Picard avait déjà beaucoup fait pour sa paroisse. Mais il tenait particulièrement à la qualité des cérémonies se déroulant dans son église.

Mes parents avaient prévu une collation à l’hostellerie des Quatre Piliers. Du vin et des gâteaux furent offerts à tous ceux qui s’étaient déplacés pour la messe. J’étais au centre de la joyeuse réunion. Chacun louait ma beauté, ma chance d’avoir trouvé un si bon mari. Et je me laissais bercer par cette félicité. Et il fallut attendre la fin du repas à la Renardière pour que s’installa la légère angoisse de la nuit qui s’annonçait. Mes oncles et mes tantes vinrent m’embrasser. Ce fut le signal de la fin des réjouissances. Il y eut quelques sourires bizarres sur les visages empourprés de certains hommes ayant trop bu.

Seule Jeanne Gérault me parut plus attentive à moi. J’aime bien cette jeune femme, modeste mais sans doute plus intelligente que bien des épouses de marchands préoccupées avant toute chose par leur place montante dans la société. Elle vint m’embrasser avant de quitter la Renardière et je sentis dans son regard et dans la pression de ses doigts sur mes bras qu’elle voulait me soutenir. Me soutenir pour quoi ? je ne la savais pas alors. Mais elle, qui venait de se marier, avait sans doute de bonnes raisons de le faire…

 

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