Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 11:31

La mort…

Nous avons retrouvé des baraques toutes neuves. L’atelier d’étiquetage a repris. Je me suis essayé à écrire des saynètes en souvenir de notre camarade emporté par le typhus. L’épidémie est entièrement enrayée est venu nous annoncer le médecin du camp. Il nous a exhorté malgré tout à respecter un peu mieux l’hygiène. Chacun, au début, a suivi les consignes. Puis les mauvaises habitudes sont revenues. On n’avait plus peur des bactéries vaincues. Je notais alors une légère euphorie. Un retour à une vie normale pour ceux qui comme nous avaient oublié ce que cela voulait vraiment dire. Bien que je n’ai pas retrouvé le calme hébété d’avant l’épidémie, mon humeur est meilleure. Tout du moins jusqu’à hier.

Alors que je revenais d’une répétition pour la soirée théâtrale programmée dans une semaine, je me suis senti bizarre. Comme une euphorie inédite pour moi. Je plaisantais encore avec mon voisin le plus proche quand des frissons me parcoururent. Je me suis couché sans crainte et me suis endormi plus rapidement que d’habitude. Le lendemain j’eus beaucoup de mal à me lever. Des douleurs lancinantes dans tous les membres. Malgré mes tentatives, je ne pus me rendre à l’atelier et retournai me coucher. C’est là que le médecin vint me visiter. A sa vue je me sentis très calme. Il me parlait et je souriais sans pouvoir lui répondre. Sa mine plutôt sombre n’altérait pas ma bonne humeur. Je pris ma température que je n’eus même pas le temps de lire. Ensuite tout alla très vite.

On vint me chercher. Les brancardiers semblaient fébriles. C’est presqu’au pas de course qu’ils m’emmenèrent vers l’infirmerie. On m’installa dans la pièce réservée aux malades contagieux. Je m’endormis très vite. Ce matin, je n’ai pas de visite. Il me semble avoir plutôt bien dormi. J’ai la tête un peu lourde. Et quand je me suis assis pour écrire ces quelques lignes, les douleurs dans les jambes m’ont presque fait crier. Maintenant, le dos calé par deux oreillers, je me sens un peu mieux. (…)

Je venais d’écrire mieux quand le frisson fit tomber le carnet du lit. Le bruit de ma chute alerta l’infirmier de garde. Il entrouvrit la porte et, sans rentrer, appela le médecin. Celui-ci vint me faire une piqûre. Il avait sur la bouche un drôle de masque qui me rappelait quelque chose. La piqûre m’a soulagé. Et je peux reprendre mon écriture. Le masque donnait au médecin un visage ridicule. Je ne peux m’empêcher de sourire en tentant de le décrire. Comme un bec de canard qui alternativement se gonflait et se dégonflait au rythme de sa respiration. Où ai-je déjà vu ce masque ? Quand je lui ai posé la question tout à l’heure il a marmonné quelque chose.

Je ne vais pas pouvoir écrire encore bien longtemps. J’ai l’impression que la fièvre recommence et j’ai du mal à tenir mon crayon. La fièvre… L’envie de dormir de plus en plus forte… Je me demande si le médecin n’a pas dit typhus derrière son masque ridicule… Je lui demanderai demain. Il faut que je dorme…

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jouvinjc
  • : Principalement axé sur l'histoire locale (ville de Gorron), ce blog permettra de suivre régulièrement l'avancée des travaux réalisés autour de ce thème.
  • Contact

Texte Libre

Vous trouverez dans ce blog trois thèmes liés à l'histoire de la ville de Gorron. Les différents articles seront renouvelés régulièrement. Ceux qui auront été retirés sont disponibles par courriel à l'adresse suivante : jouvinjc@wanadoo.fr

Recherche