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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 11:37
La Renardière

Renée Largerie

 

Journal : dimanche 24 juin 1700 (3)

 

Je n’avais jamais eu de vêtements aussi somptueux. Une longue jupe en forme de cloche soutenue par des jupons empesés, rouge sombre relevé de galons dorés. Le corselet lui-même était brodé. Les motifs orange ressortaient sur le velours noir. Mais ce dont j’étais le plus fière c’était ma coiffure. Mes cheveux longs tombaient sur mes épaules. Le bonnet, montait haut, grâce à un subtil agencement de rubans, de fleurs, de plumes même, soutenus par une discrète structure de fils métalliques. Le regard des jeunes filles qui attendaient à la porte de l’église me faisaient oublier l’angoisse de l’inconnu à laquelle j’allais être confrontée.

Jean supportait la comparaison. Avec son justaucorps jaune, sa longue veste marron et son jabot immaculé, il avait fière allure. Des chaussures plates à boucles d’argent jusqu’à la perruque à rouleaux lui couvrant les oreilles, en passant par la culotte bleu nuit et les bas de soie mauves, rien n’avait été laissé au hasard. Je crois bien que mon père lui-même était un peu ému quand il me fit entrer, à son bras, dans l’église. La cérémonie fut belle. Le curé Le Picard avait déjà beaucoup fait pour sa paroisse. Mais il tenait particulièrement à la qualité des cérémonies se déroulant dans son église.

Mes parents avaient prévu une collation à l’hostellerie des Quatre Piliers. Du vin et des gâteaux furent offerts à tous ceux qui s’étaient déplacés pour la messe. J’étais au centre de la joyeuse réunion. Chacun louait ma beauté, ma chance d’avoir trouvé un si bon mari. Et je me laissais bercer par cette félicité. Et il fallut attendre la fin du repas à la Renardière pour que s’installa la légère angoisse de la nuit qui s’annonçait. Mes oncles et mes tantes vinrent m’embrasser. Ce fut le signal de la fin des réjouissances. Il y eut quelques sourires bizarres sur les visages empourprés de certains hommes ayant trop bu.

Seule Jeanne Gérault me parut plus attentive à moi. J’aime bien cette jeune femme, modeste mais sans doute plus intelligente que bien des épouses de marchands préoccupées avant toute chose par leur place montante dans la société. Elle vint m’embrasser avant de quitter la Renardière et je sentis dans son regard et dans la pression de ses doigts sur mes bras qu’elle voulait me soutenir. Me soutenir pour quoi ? je ne la savais pas alors. Mais elle, qui venait de se marier, avait sans doute de bonnes raisons de le faire…

 

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