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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 15:56
Le Taillis de la Mort…

Lui

« Ce que j’ai vécu cet après-midi, au bal, m’a effectivement beaucoup marqué. J’étais très fier de montrer à tous que nous sortions ensemble. Mais je sentais le décalage qui s’était installé entre nous. Tu étais trop belle, trop femme. Et ton corps contre le mien au cours des slows ne répondait plus. J’avais toujours aimé ces pressions imperceptibles et leurs réponses complices qui mieux que certains baisers me rassuraient. Elles n’étaient plus là. A leur place, une réelle angoisse. Je ne te lâchais plus et cette façon de te tenir les mains avait sans doute un côté un peu ridicule.

Quand on est venu te chercher, t’informant que quelqu’un te demandait à l’entrée du bal, l’angoisse a fait place à la peur. Tu as tenté de me rassurer. Il n’y en aurait que pour quelques minutes. Tu m’as même laissé ton sac à main. Plus le temps passait, plus je le regardais, là, sur le banc, moins je contrôlais ce qui m’envahissait. On peut résumer facilement les sentiments qui se succédèrent alors, avec des retours en arrière, des accélérations qui me fragilisaient. Peur, incrédulité, espoir, jalousie, colère. Tout cela d’une force totalement inconnue pour moi.

Je crois que j’aurais pu vomir. Je ne parlais plus. J’avais la tête vide et lourde. J’aurais voulu dormir pour connaître ce moment particulier qui nous fait émerger d’un cauchemar. Mais cet énorme soulagement n’arriva pas. Et je crois que ce jour-là, tout était en place pour compliquer mes relations aux femmes pour le reste de ma vie. Angoisse de décevoir, d’être abandonné. Incompréhension, manque de repères, de signes, permettant d’ajuster les conduites. Présence d’un doute impossible à lever. Et, en même temps, quête incessante. Toujours plus, toujours plus loin. Une quête compulsive pour une réponse impossible.

Et puis nous nous sommes revus. Trente ans plus tard. Il n’était pas possible de tout reprendre à zéro. Chacun de son côté avait construit. J’ai bien cru, cependant, revivre le baiser dans la ruelle, derrière le bal, quand tu m’as pris dans ta bouche, quand, pour la première fois, j’ai remis ma main, là, sous la jupe et ai été surpris par la douceur chaude et humide. Et même lors de ma première défaillance je n’étais pas très loin de la joie profonde et la tristesse étrange, ce sentiment de déjà vécu. Bien des fois, par la suite, j’ai cru le reconnaître avec toi. Il m’est même arrivé de ne plus chercher à le reconnaître mais tenter de le vivre, simplement. On aurait pu en rester là. On aurait peut être dû.

Mais j’ai eu cette idée un peu étrange, de cet échange de lettres qui a pu faire revivre, sous notre regard croisé, cette histoire de jeunesse qui a sans doute permis de connaître ce que nous avons vécu trente ans plus tard. Si tu en es d’accord, maintenant que nous nous installons doucement dans la vieillesse, chacun de notre côté, peut-être pourrions-nous reprendre nos échanges pour évoquer ce passage intense qui, lui, s’est achevé sereinement. »

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