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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 11:38
Le Taillis de la Mort…

Lui

« Depuis que je te connaissais, j’avais toujours eu envie de t’embrasser comme ça. Quand on jouait, plus jeunes, et que tu étais ma prisonnière indienne, je n’ai jamais pu te toucher sans sentir une étrange chaleur m’envahir. Et, à ces moments-là, j’aurais voulu, dans le jeu, pouvoir te maintenir tout le temps contre moi. Mais, en même temps, j’avais le sentiment de voler quelque chose. Et je te lâchais, frustré et un peu honteux.

Quant à ce soir de bal, il m’était impossible de t’inviter. Tout du moins dans mon état normal. Un refus et tout s’effondrait. Je buvais pour trouver un peu de courage. Et comme il n’arrivait jamais je faisais le pitre en espérant t’intéresser.

Quand je suis sorti, malade, je me haïssais. Je crois même avoir pleuré, le bras contre le mur. Et quand je t’ai aperçue et que, surtout, j’ai senti ta main, je me suis jeté. C’était le geste ultime. Le futur immédiat n’avait plus aucun sens. Je me demande si le suicide n’a pas quelque chose à voir avec ce sentiment de temps arrêté.

J’avais déjà embrassé des filles. Je m’étais renseigné sur la technique appropriée. Mais c’est tout autre chose qui, cette fois, est arrivé. Au-delà du plaisir de ta langue contre la mienne, de tes lèvres humides, de ton corps serré, c’est l’abandon, la joie profonde, au bord des larmes, dont je me souviens le plus aujourd’hui.

Cette émotion, cette sensation, j’avais l’impression de les avoir connues. Avant, quelque part. Mais il m’était impossible de les mettre en mots. Le lendemain, je n’avais qu’une hâte, c’était de les retrouver. C’est pourquoi je t’embrassais tout le temps les jours qui ont suivi. Avec la crainte de te fatiguer mais, en même temps, l’angoisse d’avoir déjà perdu quelque chose de précieux.

La chaleur était là. La tension aussi. Mais je sentais m’échapper l’abandon, la joie profonde et un peu triste qui avait inauguré notre premier contact. Et, quand je te tenais dans mes bras, je regardais ta bouche écrasée contre la mienne, tes yeux fermés, ton visage apaisé. Je tentais même de nous regarder. Comme pour être sûr que le moment était là. Et cet effort, finalement, m’en éloignait un peu. »

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