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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 11:59

La défaite…

Quelle belle nuit. Des rêves doux, légèrement nostalgiques, entrecoupés de phases de réveils très courtes au cours desquelles mon corps semblait avoir retrouvé son ancien allant. Je suis redevenu enfant de Marie, le jour de la fête Dieu. Un soleil éclatant, un ciel d’un bleu très pur. Et cette procession, les mains jointes, l’œil rivé sur l’ostensoir qui se balançait doucement. La sciure colorée, les pétales de fleurs et ces scènes animées à chaque reposoir. Les cloches teintaient. La foule nous regardait, émerveillée mais aussi recueillie. Dans la sacristie, au moment du déshabillage, j’exhibais une montre, fond noir, cadre doré, que beaucoup m’enviait… J’ai retrouvé l’école primaire supérieure d’Ernée. Le jour de la rentrée, les livres neufs, ou presque, la découverte de la place au dortoir, en étude, au réfectoire pour l’année. Le plaisir des apprentissages réussis, la découverte de notions nouvelles, la clarté repoussant l’ignorance obscure… Autant de joies intimes. Et la distribution des prix. Plusieurs nominations. La fierté partagée par mes maîtres. Et enfin les fêtes de fin d’années. La messe de minuit, l’église illuminée, le séminariste autorisé à monter en chaire. Le lieutenant de vaisseau en grand uniforme dont l’épée me fascinait. Et ce premier jouet. Un train en bois rouge, découvert au retour de la messe, près de la cheminée… J’aurais bien voulu que la nuit se poursuive. Mais la bonne m’a doucement secoué. Elle semblait inquiète. A peine l’avais-je rassurée que tout est revenu, massivement. Les douleurs, la fatigue, les vertiges. J’ai refusé mon petit-déjeuner.

J’ai eu de nombreuses visites au cours de la matinée. Le personnel de la Mairie, les deux médecins, le premier adjoint et le secrétaire de mairie. Par moments, j’ouvrais les yeux mais le plus souvent je crois bien avoir sommeillé. Les conversations qui ne m’étaient pas destinées tournaient toutes autour de la débâcle. Les gens de l’est de la France fuient devant l’avancée de l’armée allemande. Les Stukas, toutes sirènes hurlantes n’hésitent pas à tirer, prenant en enfilade les routes encombrées. Tout est désorganisé. J’ai moi-même eu du mal à mettre un peu d’ordre dans les informations qui se bousculaient. Chacun y allait de ses propos alarmistes. L’inquiétude pour le pays ne s’interrompait que pour parler de ma propre situation apparemment tout autant critique. On s’assurait que j’étais plongé dans le sommeil avant d’évoquer mon avenir qui semblait bien précaire. La question se posait de piqûres qui pouvaient me redonner un peu de vie mais qui risquaient en même temps de compromettre la mienne. Armistice, capitulation, politiques et militaires sont une nouvelle fois partagés. Une chose est sûre : il n’y a plus rien à faire sur le plan militaire. La France est définitivement battue. Même si un général est parti pour Londres pour essayer de rassembler des forces françaises bien aléatoires.

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