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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 11:31

La luxure de l’œil…

Hier soir, avant de m’endormir, j’ai repris le texte de Melle Lerpin. Après quelques minutes de lecture, un phénomène étrange m’a alerté. Certaines lettres des mots disparaissaient. J’arrivais tout de même à suivre, ce qui montre bien que la lecture est aussi une anticipation du sens et pas seulement un déchiffrage lettre par lettre. Je dois dire que j’ai oublié très vite la réflexion pédagogique qui pourtant m’a souvent intéressé. J’ai passé beaucoup de temps chez le directeur de l’école publique de garçons rue de Normandie. Un célibataire, comme moi, qui semblait apprécier ma compagnie. Malheureusement, une sombre histoire avec la femme de son adjoint l’a obligé à changer de poste. Le phénomène perturbant ma lecture ne faisait que s’accentuer. Sans doute parce que j’y pensais trop. J’ai abandonné l’ouvrage et tenté de m’endormir. L’angoisse éloignait le sommeil. La tache noire qui passait par moments sur mon œil gauche devint une obsession. On parle dans la Bible de la luxure de l’œil. Je dois sans doute être un incorrigible pécheur. Quand le spectacle me plaît (et il peut être de toute nature), je ne suis pas loin de l’extase au sens littéral du terme. Je sors de moi-même et m’oublie un peu. Imaginer perdre cette faculté me faisait frissonner. Je ne sais comment j’ai pu m’endormir. Un sommeil sans rêve, lourd, peu réparateur. A peine réveillé, j’ai repris le texte de Melle Lerpin. Toutes les lettres étaient là. Mais ma joie fut de courte durée. La tête qui tourne est une image illustrant bien le malaise d’hier, une nouvelle fois retrouvé.

Un décret fixe la semaine de soixante heures dans les établissements travaillant pour la défense nationale. La France et l’Angleterre renforcent leur alliance. Et pendant ce temps-là, Hitler demande au gouvernement polonais l’ouverture immédiate de négociations sur le sort de la ville libre de Dantzig qu’il revendique. Ces informations sont largement discutées à la mairie. Le secrétaire affirme qu’Hitler n’arrêtera jamais et que seule la force pourra lui faire entendre raison. Un de mes adjoints affirme que nous n’avons rien à craindre de l’Allemagne et qu’il vaudrait mieux s’entendre avec le régime National Socialiste que de frayer avec des nations aux peuples incertains. Il ne parle pas bien sûr de l’Angleterre, celle-là a toujours été notre ennemie. Mais des Slaves en général dont on ne peut se fier. Je n’aime pas trop ce discours. Et pour éviter de le soutenir, étant toujours farouchement opposé à toute mesure pouvant amener la guerre, je fuis vers les archives. On s’étonne un peu de mon engouement récent pour les vieilleries entassées dans la petite salle difficile d’accès. Je marmonne vaguement que l’histoire de Gorron m’intéresse.

Plusieurs cahiers étaient réunis par une méchante ficelle. Je constatai très vite qu’il s’agissait d’un journal intime. Une belle écriture régulière. Elle s’appelait Jeanne et était la femme d’un notaire. Je connaissais la famille, un de ses descendants avait lui-même écrit sur l’histoire de la ville. J’ai eu quelques scrupules à entrer ainsi dans la vie de cette dame. Mais si les cahiers étaient là c’est qu’on l’avait jugé utile. Je dois dire, en plus, et cela avait sans doute quelque chose à voir avec la luxure de l’œil, que j’avais toujours eu à lutter contre un certain voyeurisme. Une jouissance un peu trouble, sans perversité aucune, à entrer dans l’intimité des gens. J’emportais donc les cahiers, espérant que mon œil ne viendrait pas à nouveau perturber mes découvertes.

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